Attribuer un besoin à la nature, c'est lui prêter une finalité ou une fragilité : le sujet teste donc la légitimité de cette personnification. Selon qu'on entend la nature comme totalité des lois physiques ou comme biosphère habitable, la réponse s'inverse.
La nature est-elle un ordre autosuffisant qui se passe de l'homme, ou notre puissance l'a-t-elle rendue dépendante de nos décisions ?
Le plan en trois parties
La nature se suffit à elle-même
- La nature est une totalité régie par des lois nécessaires : elle n'agit pour aucune fin et ne manque de rien.Spinoza, Éthique
- Lui prêter des besoins, c'est projeter sur elle nos désirs, comme on projette un père sur le ciel.Freud, L'Avenir d'une illusion
- L'histoire de la vie est faite de disparitions massives où l'absence d'homme n'a jamais fait défaut.Darwin, L'Origine des espèces
Mais notre puissance a rendu la nature dépendante de nous
- Nous sommes devenus maîtres et possesseurs de la nature, et ce projet a réussi au-delà de ce qu'il prévoyait.Descartes, Discours de la méthode VI
- La technique moderne traite la nature comme un fonds disponible, ce qui l'expose entièrement à nos décisions.Heidegger, La Question de la technique
- L'ampleur de nos effets crée une responsabilité inédite envers ce qui ne peut pas se défendre.Jonas, Le Principe responsabilité
Ce n'est pas la nature qui a besoin de nous, c'est notre monde
- Ce que nous protégeons, ce sont des conditions de vie humaine, non un ordre cosmique menacé.Jonas, Le Principe responsabilité
- L'opposition entre nature et culture est elle-même une construction occidentale, que d'autres sociétés ignorent.Descola, Par-delà nature et culture
- Habiter la Terre suppose un monde commun durable : c'est l'artifice humain qui est fragile.Arendt, Condition de l'homme moderne
Protéger la nature, est-ce lui reconnaître une valeur en elle-même ou seulement préserver nos intérêts à long terme ?