L'accessibilité se joue sur trois plans : matériel (pouvoir entrer au musée), culturel (disposer des codes), et esthétique (éprouver la beauté). Le sujet demande donc si la difficulté de l'art est un fait social ou une exigence propre à l'œuvre.
Le plaisir esthétique est-il ouvert à tout être humain, ou suppose-t-il une culture inégalement distribuée qui en réserve l'accès ?
Le plan en trois parties
Le beau s'adresse en droit à tous
- Le jugement de goût prétend à l'assentiment universel : il parle au nom de tout homme, non d'un savant.Kant, Critique de la faculté de juger
- L'émotion tragique s'adresse à un public entier et le purge de ses passions.Aristote, Poétique
- La reproduction technique met les œuvres à portée de tous et rompt leur réserve rituelle.Benjamin, L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique
Mais l'accès réel suppose des codes inégalement transmis
- Le goût est un héritage : la familiarité avec l'art dépend de l'origine sociale et de l'école.Bourdieu, La Distinction
- L'œuvre d'art exprime un contenu spirituel qui demande à être compris, non seulement vu.Hegel, Esthétique
- L'habitude et la coutume façonnent ce que l'on trouve beau et ce qui nous reste opaque.Montaigne, Essais
Rendre l'art accessible : une tâche, non un fait
- Apprendre à voir est un travail du regard, comparable à l'apprentissage d'une langue.Merleau-Ponty, L'Œil et l'Esprit
- L'émancipation passe par l'usage public de sa raison et de son goût : elle s'exerce, elle ne se reçoit pas.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
- Un monde commun suppose des œuvres partagées, que les institutions ont charge de transmettre.Arendt, Condition de l'homme moderne
Rendre l'art accessible, est-ce le simplifier ou former ceux qui le reçoivent ?