« Inconscient » a deux sens qu'il faut séparer : l'irréfléchi, celui qui ne mesure pas ce qu'il fait, et l'inconscient psychique, ce qui agit en nous à notre insu. « Faut-il » demande si c'est une condition nécessaire du bonheur, donc si la lucidité rend malheureux.
La conscience de soi et de sa condition est-elle l'obstacle principal au bonheur, ou en est-elle au contraire la condition ?
Le plan en trois parties
La lucidité semble empoisonner le bonheur
- Se savoir mortel, comparer sa vie à d'autres, prévoir le pire : la réflexion fabrique des malheurs que l'animal ignore.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- Le divertissement montre que les hommes fuient la conscience de leur condition parce qu'elle les accable.Pascal, Pensées
- Nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent, et cette ignorance nous console.Spinoza, Lettre à Schuller
Mais l'inconscience n'offre qu'un bonheur d'emprunt
- Un bonheur qu'on ne sait pas éprouver n'est pas un bonheur : il suppose un sujet qui s'y reconnaisse.Aristote, Éthique à Nicomaque
- La mauvaise foi est ce mensonge à soi par lequel on achète la tranquillité en renonçant à se choisir.Sartre, L'Être et le Néant
- La lucidité sur nos désirs permet d'écarter ceux qui sont vains et de jouir de ceux qui sont naturels.Épicure, Lettre à Ménécée
Le bonheur demande une conscience travaillée, non abolie
- Distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas : la sérénité vient d'un savoir, non d'un oubli.Épictète, Manuel
- Le travail analytique ne supprime pas le conflit psychique mais rend le sujet capable de le vivre.Freud, Introduction à la psychanalyse
- Comprendre les causes de ses affects transforme la passion subie en joie active.Spinoza, Éthique
Y a-t-il des vérités sur nous-mêmes qu'il serait plus sage de ne pas chercher ?