La maîtrise suppose de choisir ce qu'on dit, d'en contrôler le sens et d'en mesurer les effets : trois exigences distinctes qu'il faut examiner séparément. Le pluriel « nos paroles » invite aussi à distinguer la parole quotidienne, la promesse et le discours public.
Parler est-il un acte dont nous restons les maîtres, ou la parole nous échappe-t-elle dès qu'elle est prononcée ?
Le plan en trois parties
Parler est un acte volontaire, donc maîtrisable
- L'homme dispose des mots pour signifier ce qu'il veut, quand il le veut : c'est le propre du langage humain.Descartes, Discours de la méthode V
- La promesse montre qu'une parole peut engager durablement celui qui la donne : il en répond.Hobbes, Léviathan
- Le travail de la rhétorique et du style prouve qu'on peut régler ses mots sur ses fins.Aristote, Rhétorique
Mais la parole déborde l'intention de qui la prononce
- Le lapsus et le mot d'esprit trahissent un désir que le locuteur n'avait pas choisi de dire.Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne
- Le sens d'un signe dépend du système de la langue, non de la volonté de celui qui l'emploie.Saussure, Cours de linguistique générale
- Une fois publique, la parole entre dans un réseau d'interprétations que personne ne contrôle.Arendt, Condition de l'homme moderne
Une maîtrise qui se conquiert et se limite à la responsabilité
- Il ne s'agit pas de dominer le sens, mais de répondre de ce qu'on a dit : la parole nous rend responsables.Levinas, Totalité et Infini
- La parole se forme dans l'acte de parler : on découvre ce qu'on pense en le disant.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- L'argumentation réglée est l'exercice le plus haut de cette maîtrise partagée entre interlocuteurs.Habermas, De l'éthique de la discussion
Peut-on demander à quelqu'un de répondre du sens que d'autres ont donné à ses paroles ?