« Lutter contre soi-même » suppose un moi divisé entre un penchant et une exigence : le sujet demande si cette division est essentielle au devoir. Selon qu'on identifie le « soi » aux désirs ou à la raison, la lutte devient un déchirement ou une conquête.
Le devoir se définit-il nécessairement contre nos inclinations, ou peut-il être l'expression la plus haute de ce que nous sommes ?
Le plan en trois parties
Le devoir se fait sentir comme une contrainte intérieure
- La loi morale commande inconditionnellement et prend chez un être sensible la forme d'un impératif.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le surmoi intériorise les interdits et fait payer d'un sentiment de culpabilité le renoncement pulsionnel.Freud, Malaise dans la civilisation
- Le devoir civique exige souvent de sacrifier l'intérêt particulier à la volonté générale.Rousseau, Du contrat social
Mais obéir au devoir, c'est obéir à soi-même
- L'autonomie est la propriété qu'a la volonté d'être à elle-même sa loi : le devoir vient de moi.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- L'habitude vertueuse transforme l'effort en inclination : le juste finit par aimer ce qu'il doit faire.Aristote, Éthique à Nicomaque
- Obéir à la loi qu'on s'est prescrite est liberté, non contrainte subie.Rousseau, Du contrat social
La lutte est réelle, mais elle est le chemin de l'accord avec soi
- Le conflit intérieur montre que je ne coïncide pas encore avec moi-même : c'est une étape, non un état.Sartre, L'Être et le Néant
- Comprendre ses affects les transforme : la connaissance adéquate remplace la lutte par la puissance d'agir.Spinoza, Éthique
- L'obligation morale naît d'abord de l'appel d'autrui, qui déplace le moi plutôt qu'il ne le combat.Levinas, Totalité et Infini
Un être qui ferait spontanément le bien serait-il encore moral ?