Mentir suppose un menteur qui sait et un trompé qui ignore : réunis dans un même sujet, ces rôles paraissent incompatibles. Le sujet oblige à examiner ce que l'auto-illusion suppose de structure psychique.
L'auto-illusion est-elle une contradiction logique, ou révèle-t-elle une division interne du sujet ?
Le plan en trois parties
Le mensonge à soi paraît impossible
- Je ne puis ignorer ce que je sais au moment où je le sais.Descartes, Réponses aux quatrièmes objections
- Le mensonge suppose une dualité que l'unité du sujet interdit.Alain, Éléments de philosophie
- Le censeur freudien devrait savoir ce qu'il cache : l'hypothèse se détruit.Sartre, L'Être et le Néant
L'expérience atteste pourtant l'auto-illusion
- Le refoulement maintient une représentation hors de la conscience sans la supprimer.Freud, Métapsychologie
- Les rationalisations donnent de bonnes raisons à des motifs réels tout autres.Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne
- Nous jugeons de nos motifs sans connaître ce qui nous y dispose.Spinoza, Lettre à Schuller
Non pas mentir, mais se détourner
- La mauvaise foi décrit une conduite où l'on sait sans vouloir savoir.Sartre, L'Être et le Néant
- La conscience est ambiguë : elle peut viser sans thématiser.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Ce dont je me détourne insiste dans ma parole et finit par s'y dire.Lacan, Écrits
Si l'on peut se détourner de soi sans se mentir, où passe la frontière entre l'inconscient et la lâcheté ?