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Philosophie · Classe de Terminale

La conscience

L'existence humaine et la culture — Qu'est-ce que la conscience ? Programme de Terminale

À propos de cette page
Ce cours de philosophie en terminale sur « La conscience » suit le programme officiel de philosophie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que la conscience ?, Conscience immédiate et conscience réfléchie, Descartes : le cogito, fondement de la certitude, La conscience de soi : identité et ipséité. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en philosophie.
Au programme
1 · Qu'est-ce que la conscience ?
2 · Conscience immédiate et conscience réfléchie
3 · Descartes : le cogito, fondement de la certitude
4 · La conscience de soi : identité et ipséité
5 · La conscience morale
6 · La liberté et la mauvaise foi (Sartre)
7 · Les limites de la conscience : vers l'inconscient
1Qu'est-ce que la conscience ?

Le mot conscience vient du latin conscientia (« savoir ensemble »). En philosophie, il désigne deux choses intimement liées :

  • La conscience comme présence au monde : le fait d'être éveillé, de percevoir, de ressentir — je suis « là », attentif à ce qui m'entoure.
  • La conscience de soi : le retour réflexif du sujet sur lui-même — je me sais pensant, je m'observe, je me juge.
Définition. La conscience est la capacité proprement humaine de se représenter soi-même et le monde, d'établir la différence entre soi et le reste, et de prendre du recul sur ses propres états mentaux.

La conscience distingue radicalement l'être humain de la chose : une pierre n'a pas conscience d'exister ; un être humain sait qu'il existe. C'est ce que Hegel appellera plus tard être pour soi (se rapporter à soi-même) par opposition à être en soi (exister sans se savoir).

Repère clé. En acte / en puissance : un enfant qui dort n'exerce pas la conscience, mais il en a la capacité (en puissance). La conscience est donc une faculté dont l'exercice est intermittent.
2Conscience immédiate et conscience réfléchie

On distingue classiquement deux niveaux de conscience :

Conscience immédiateConscience réfléchie
Spontanée, directe, préréfléchieRéflexion de la conscience sur elle-même
Je perçois, je ressens, j'agisJe pense que je pense, je me regarde
Présente chez tout être sentientTrait distinctif de l'humanité
Ex. : la douleur, la joie spontanéeEx. : l'examen de conscience

Sartre (L'Être et le Néant, 1943) distingue la conscience positionnelle (thétique), tournée vers un objet extérieur, et la conscience non positionnelle (non-thétique) de soi, toujours présente en filigrane sans se prendre comme objet central.

Exemple. Quand je lis un roman, ma conscience est positionnelle : elle est tournée vers le texte. Mais si je réfléchis à ma lecture, je passe à une conscience réfléchie de moi-même en train de lire.
Attention ! La conscience réfléchie n'est pas un « œil intérieur » qui verrait l'âme de façon transparente. Hegel et Freud montreront que la conscience peut se tromper sur elle-même ou ignorer certains de ses propres déterminants.
3Descartes : le cogito, fondement de la certitude

Dans les Méditations Métaphysiques (1641), Descartes entreprend un doute radical et méthodique : il doute de tout ce qui peut être mis en question (les sens, le monde extérieur, les vérités mathématiques — le « malin génie »). Il cherche une première certitude absolue.

Le cogito. « Je pense, donc je suis » (Cogito ergo sum). Même si je doute de tout, le fait même que je doute prouve que je pense. Et si je pense, je suis nécessairement quelque chose. La conscience pensante est la seule réalité dont je ne puisse pas douter.

Plusieurs leçons en découlent :

  • La conscience est immédiate : je n'ai pas besoin de passer par le corps ou le monde pour savoir que je pense.
  • La conscience est une substance pensante (res cogitans), entièrement distincte du corps (res extensa) — c'est le dualisme cartésien.
  • La conscience est transparente à elle-même : tout ce qui se passe en moi est accessible à mon introspection.
Limite importante. Cette transparence sera remise en cause : Leibniz parle de petites perceptions imperceptibles ; Freud montrera que l'inconscient agit à notre insu. L'idée d'une conscience totalement translucide sera la cible des critiques ultérieures.
Exemple de dissertation. « La conscience de soi est-elle une connaissance ? » — Le cogito semble dire oui (je me sais pensant), mais si la conscience peut se mentir (Sartre) ou ignorer ses propres ressorts (Freud), la connaissance de soi est problématique.
4La conscience de soi : identité et ipséité

La conscience de soi pose la question de l'identité personnelle : qu'est-ce qui fait que je suis moi et non un autre, et que je reste le même à travers le temps ?

Le philosophe Paul Ricœur (Soi-même comme un autre, 1990) distingue deux sens du « soi-même » :

Idem (mêmeté)Ipse (ipséité)
Ce qui ne change pas : le caractère, les empreintes ADN, les habitudesCe qui se maintient à travers le changement : la promesse, la fidélité à soi
Identité-substanceIdentité-narrative, éthique

Hume (Traité de la nature humaine, 1739) conteste l'idée d'un moi stable : lorsqu'il scrute sa conscience, il ne trouve qu'un flux de perceptions, jamais un « moi » permanent. Le moi ne serait qu'une fiction commode.

Repère. Identité / altérité : la conscience de soi se construit toujours en rapport à autrui. Hegel (dialectique du maître et de l'esclave, Phénoménologie de l'Esprit) montre que la conscience cherche à se faire reconnaître par une autre conscience — sans autrui, il n'y a pas de conscience de soi.
5La conscience morale

La conscience morale est la faculté de distinguer le bien du mal et de se sentir obligé d'agir en conformité avec ce jugement. Elle s'exprime notamment dans le sentiment de culpabilité ou de honte.

Deux positions philosophiques majeures s'affrontent :

  • Rousseau (Émile ou de l'Éducation, 1762) : la conscience morale est un sentiment naturel inné, une « voix de la nature » en nous, qui précède tout raisonnement. « Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ! »
  • Kant (Critique de la raison pratique, 1788) : la conscience morale n'est pas un sentiment mais une exigence de la raison. L'impératif catégorique commande inconditionnellement : « Agis de façon telle que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. »
L'impératif catégorique (Kant). Un commandement moral est catégorique (inconditionnel) s'il s'applique à tout être raisonnable, quelles que soient ses inclinations ou ses intérêts. Il diffère de l'impératif hypothétique (« Si tu veux X, fais Y »).
Exemple. « Ne ment pas » est un impératif catégorique kantien : il vaut universellement, même si mentir m'arrangerait. « Mens si tu veux te faire des amis » est un impératif hypothétique (conditionnel).
Débat. Si la conscience morale est naturelle (Rousseau), elle est universelle mais peut varier selon les cultures. Si elle est rationnelle (Kant), elle est universelle mais le contenu de la loi morale reste à déterminer.
6La liberté et la mauvaise foi (Sartre)

Jean-Paul Sartre (L'Être et le Néant, 1943 ; L'existentialisme est un humanisme, 1945) fonde son anthropologie sur une thèse radicale : l'existence précède l'essence. L'être humain n'a pas de nature fixée à l'avance ; il est d'abord « jeté dans le monde » puis il se définit par ses actes.

La mauvaise foi. La mauvaise foi est le comportement par lequel la conscience cherche à se dissimuler sa propre liberté en se traitant comme une chose (une essence, un caractère fixé). C'est un mensonge à soi-même.

Sartre donne deux exemples célèbres :

  • La serveuse de café qui « joue à être serveuse » — elle s'identifie entièrement à son rôle social, comme si elle n'était qu'une chose déterminée, pour fuir l'angoisse de sa liberté.
  • La femme en rendez-vous galant qui laisse sa main entre les doigts de l'homme « comme une chose », refusant de décider si elle la retire ou non — elle nie sa liberté en faisant comme si la décision n'était pas la sienne.

La mauvaise foi révèle la structure fondamentale de la conscience sartrienne : la conscience est toujours néant — elle n'est pas une chose, elle n'est jamais ce qu'elle est. C'est pourquoi elle est irréductiblement libre et ne peut se réfugier dans aucune essence.

Repère. En fait / en droit : en fait, les humains fuient souvent leur liberté (mauvaise foi). En droit (moralement), Sartre affirme qu'ils sont condamnés à être libres et doivent s'assumer.
7Les limites de la conscience : vers l'inconscient

La tradition rationaliste (Descartes, Kant) fait de la conscience le maître de soi. Mais plusieurs penseurs ont montré que la conscience est limitée, partielle, voire illusoire.

  • Leibniz (Nouveaux Essais sur l'entendement humain, 1765) : il existe des petites perceptions — perceptions inconscientes qui influencent nos états mentaux sans que nous en ayons conscience. La conscience n'est que l'émergence de ces microperceptions.
  • Nietzsche (Par-delà bien et mal, 1886) : la conscience est une surface trompeuse ; ce sont des forces inconscientes (pulsions, volonté de puissance) qui commandent réellement notre vie intérieure. « La grande activité principale est inconsciente. »
  • Freud (Introduction à la psychanalyse, 1917) : le modèle topique (conscient / préconscient / inconscient) puis le modèle structural (ça / moi / surmoi) montrent que la conscience n'est que « la pointe de l'iceberg » — la plus grande partie de la vie psychique échappe à la conscience.
Enjeu philosophique. Si l'inconscient existe, la maîtrise de soi par la conscience est une illusion. Cela questionne la responsabilité morale et la liberté : peut-on être tenu responsable d'actes déterminés par des forces qui nous échappent ?

Ce chapitre prépare donc directement le thème suivant : L'inconscient (Freud, le rêve, les lapsus, les actes manqués comme voie d'accès à l'inconscient).

À retenir
À retenir :
• La conscience est la présence à soi et au monde, faculté proprement humaine de se représenter et de se réfléchir.
• On distingue conscience immédiate (spontanée) et conscience réfléchie (retour sur soi).
Descartes : le cogito (Je pense, donc je suis) fonde la certitude sur la conscience pensante.
Hume conteste la permanence du moi ; Ricœur distingue idem (mêmeté) et ipse (ipséité).
Conscience morale : sentiment naturel pour Rousseau, exigence rationnelle (impératif catégorique) pour Kant.
Sartre : la mauvaise foi, c'est fuir sa liberté en se traitant comme une chose.
Freud, Nietzsche, Leibniz : la conscience a des limites — l'inconscient agit à notre insu.
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