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La conscience
L'existence humaine et la culture — Qu'est-ce que la conscience ? Programme de Terminale
À propos de cette page
Qu'est-ce que la conscience ?
Le mot conscience vient du latin conscientia (« savoir ensemble »). En philosophie, il désigne deux choses intimement liées :
- La conscience comme présence au monde : le fait d'être éveillé, de percevoir, de ressentir — je suis « là », attentif à ce qui m'entoure.
- La conscience de soi : le retour réflexif du sujet sur lui-même — je me sais pensant, je m'observe, je me juge.
La conscience distingue radicalement l'être humain de la chose : une pierre n'a pas conscience d'exister ; un être humain sait qu'il existe. C'est ce que Hegel appellera plus tard être pour soi (se rapporter à soi-même) par opposition à être en soi (exister sans se savoir).
Conscience immédiate et conscience réfléchie
On distingue classiquement deux niveaux de conscience :
| Conscience immédiate | Conscience réfléchie |
|---|---|
| Spontanée, directe, préréfléchie | Réflexion de la conscience sur elle-même |
| Je perçois, je ressens, j'agis | Je pense que je pense, je me regarde |
| Présente chez tout être sentient | Trait distinctif de l'humanité |
| Ex. : la douleur, la joie spontanée | Ex. : l'examen de conscience |
Sartre (L'Être et le Néant, 1943) distingue la conscience positionnelle (thétique), tournée vers un objet extérieur, et la conscience non positionnelle (non-thétique) de soi, toujours présente en filigrane sans se prendre comme objet central.
Descartes : le cogito, fondement de la certitude
Dans les Méditations Métaphysiques (1641), Descartes entreprend un doute radical et méthodique : il doute de tout ce qui peut être mis en question (les sens, le monde extérieur, les vérités mathématiques — le « malin génie »). Il cherche une première certitude absolue.
Plusieurs leçons en découlent :
- La conscience est immédiate : je n'ai pas besoin de passer par le corps ou le monde pour savoir que je pense.
- La conscience est une substance pensante (res cogitans), entièrement distincte du corps (res extensa) — c'est le dualisme cartésien.
- La conscience est transparente à elle-même : tout ce qui se passe en moi est accessible à mon introspection.
La conscience de soi : identité et ipséité
La conscience de soi pose la question de l'identité personnelle : qu'est-ce qui fait que je suis moi et non un autre, et que je reste le même à travers le temps ?
Le philosophe Paul Ricœur (Soi-même comme un autre, 1990) distingue deux sens du « soi-même » :
| Idem (mêmeté) | Ipse (ipséité) |
|---|---|
| Ce qui ne change pas : le caractère, les empreintes ADN, les habitudes | Ce qui se maintient à travers le changement : la promesse, la fidélité à soi |
| Identité-substance | Identité-narrative, éthique |
Hume (Traité de la nature humaine, 1739) conteste l'idée d'un moi stable : lorsqu'il scrute sa conscience, il ne trouve qu'un flux de perceptions, jamais un « moi » permanent. Le moi ne serait qu'une fiction commode.
La conscience morale
La conscience morale est la faculté de distinguer le bien du mal et de se sentir obligé d'agir en conformité avec ce jugement. Elle s'exprime notamment dans le sentiment de culpabilité ou de honte.
Deux positions philosophiques majeures s'affrontent :
- Rousseau (Émile ou de l'Éducation, 1762) : la conscience morale est un sentiment naturel inné, une « voix de la nature » en nous, qui précède tout raisonnement. « Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ! »
- Kant (Critique de la raison pratique, 1788) : la conscience morale n'est pas un sentiment mais une exigence de la raison. L'impératif catégorique commande inconditionnellement : « Agis de façon telle que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. »
La liberté et la mauvaise foi (Sartre)
Jean-Paul Sartre (L'Être et le Néant, 1943 ; L'existentialisme est un humanisme, 1945) fonde son anthropologie sur une thèse radicale : l'existence précède l'essence. L'être humain n'a pas de nature fixée à l'avance ; il est d'abord « jeté dans le monde » puis il se définit par ses actes.
Sartre donne deux exemples célèbres :
- La serveuse de café qui « joue à être serveuse » — elle s'identifie entièrement à son rôle social, comme si elle n'était qu'une chose déterminée, pour fuir l'angoisse de sa liberté.
- La femme en rendez-vous galant qui laisse sa main entre les doigts de l'homme « comme une chose », refusant de décider si elle la retire ou non — elle nie sa liberté en faisant comme si la décision n'était pas la sienne.
La mauvaise foi révèle la structure fondamentale de la conscience sartrienne : la conscience est toujours néant — elle n'est pas une chose, elle n'est jamais ce qu'elle est. C'est pourquoi elle est irréductiblement libre et ne peut se réfugier dans aucune essence.
Les limites de la conscience : vers l'inconscient
La tradition rationaliste (Descartes, Kant) fait de la conscience le maître de soi. Mais plusieurs penseurs ont montré que la conscience est limitée, partielle, voire illusoire.
- Leibniz (Nouveaux Essais sur l'entendement humain, 1765) : il existe des petites perceptions — perceptions inconscientes qui influencent nos états mentaux sans que nous en ayons conscience. La conscience n'est que l'émergence de ces microperceptions.
- Nietzsche (Par-delà bien et mal, 1886) : la conscience est une surface trompeuse ; ce sont des forces inconscientes (pulsions, volonté de puissance) qui commandent réellement notre vie intérieure. « La grande activité principale est inconsciente. »
- Freud (Introduction à la psychanalyse, 1917) : le modèle topique (conscient / préconscient / inconscient) puis le modèle structural (ça / moi / surmoi) montrent que la conscience n'est que « la pointe de l'iceberg » — la plus grande partie de la vie psychique échappe à la conscience.
Ce chapitre prépare donc directement le thème suivant : L'inconscient (Freud, le rêve, les lapsus, les actes manqués comme voie d'accès à l'inconscient).
- La conscience est la présence à soi et au monde, faculté proprement humaine de se représenter et de se réfléchir.
- On distingue conscience immédiate (spontanée) et conscience réfléchie (retour sur soi).
- Descartes : le cogito (Je pense, donc je suis) fonde la certitude sur la conscience pensante.
- Hume conteste la permanence du moi ; Ricœur distingue idem (mêmeté) et ipse (ipséité).
- Conscience morale : sentiment naturel pour Rousseau, exigence rationnelle (impératif catégorique) pour Kant.
- Sartre : la mauvaise foi, c'est fuir sa liberté en se traitant comme une chose.
- Freud, Nietzsche, Leibniz : la conscience a des limites — l'inconscient agit à notre insu.
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