Le mot « toute » interdit de se contenter de dire que l'inconscient n'est pas directement observable : il faut examiner les formes possibles de savoir. La tension oppose l'inaccessibilité par principe de ce qui n'est pas conscient et la possibilité d'un savoir indirect de ses effets.
Si l'inconscient ne peut être saisi par la conscience, existe-t-il une forme de connaissance capable d'en rendre compte, ou toute prétention à le connaître est-elle illusoire ?
Le plan en trois parties
Par définition, l'inconscient paraît soustrait à toute connaissance
- Connaître son esprit, c'est en avoir conscience : ce qui n'est pas conscient ne peut être objet de savoir.Descartes, Réponses aux quatrièmes objections
- L'inconscient serait un objet sans témoin, une hypothèse qu'aucune expérience ne pourrait contredire.Popper, Conjectures et réfutations
- Le censeur devrait connaître ce qu'il refoule : l'hypothèse se contredit dès qu'on la précise.Sartre, L'Être et le Néant
Il se connaît pourtant par ses effets
- Les lacunes de la conscience imposent l'hypothèse d'un psychisme non conscient, comme la physique impose l'invisible.Freud, Métapsychologie
- Rêves, lapsus et symptômes sont des formations de compromis, donc des textes déchiffrables.Freud, L'Interprétation du rêve
- Une méthode réglée, l'association libre, donne accès à ce qui ne se montre jamais directement.Freud, la cure par la parole
Une connaissance d'un autre type : interpréter n'est pas observer
- Le savoir de l'inconscient relève d'une herméneutique du soupçon, non d'une observation neutre.Ricœur, De l'interprétation
- Parce qu'il est structuré comme un langage, il se lit dans les effets de la parole, jamais en lui-même.Lacan, Écrits
- Ce savoir change celui qui l'acquiert : il n'est vrai que repris par le sujet, ce qui le rend inachevable.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
Faut-il alors élargir notre idée de la science jusqu'à y inclure les savoirs du singulier, ou réserver à l'interprétation un domaine qui ne relèvera jamais de la preuve ?