Le sujet suppose que l'inconscient serait un agent qui façonne le moi, et demande si cette fabrication épuise l'identité. La tension oppose l'identité reçue, produite par des forces ignorées, et l'identité assumée par un sujet qui répond de lui.
Mon identité se réduit-elle à ce que des processus inconscients ont fait de moi, ou reste-t-il un sujet capable de reprendre à son compte ce qu'il n'a pas choisi ?
Le plan en trois parties
Je suis largement fabriqué par ce que j'ignore
- L'histoire infantile et les refoulements qui l'accompagnent organisent durablement la vie psychique.Freud, Métapsychologie
- Les normes intériorisées deviennent une instance intérieure qui juge et punit sans que je l'aie voulue.Freud, Malaise dans la civilisation
- Les dispositions acquises dans un milieu orientent mes goûts avant tout choix réfléchi.Bourdieu, Le Sens pratique
Mais l'inconscient n'est pas un autre qui déciderait à ma place
- Faire de l'inconscient un second sujet, c'est se donner un alibi commode et manquer la responsabilité.Alain, Éléments de philosophie
- Les conduites dites inconscientes sont des conduites d'un sujet en situation, non les effets d'une chose.Politzer, Critique des fondements de la psychologie
- La mauvaise foi montre que je participe activement à mon propre aveuglement.Sartre, L'Être et le Néant
Je suis ce que je fais de ce que l'inconscient a fait de moi
- Le sujet advient en reprenant dans la parole une histoire qu'il n'a pas choisie.Freud, la cure par la parole
- L'inconscient étant structuré comme un langage, il peut être déchiffré et donc habité autrement.Lacan, Écrits
- Se comprendre est un long détour par les signes : l'identité est un récit interprété, non une donnée.Ricœur, De l'interprétation
Si je deviens moi-même en reprenant ce que je n'ai pas choisi, cette reprise est-elle jamais achevée, ou l'identité reste-t-elle une tâche indéfinie ?