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La comédie du XVIIIe siècle : maîtres et valets, Marivaux et Beaumarchais

Individu et société : confrontations de valeurs ? L'Île des esclaves, Le Jeu de l'amour et du hasard, Le Mariage de Figaro ; marivaudage & critique sociale

À propos de cette page
Ce cours de français en quatrième sur « La comédie du XVIIIe siècle : maîtres et valets, Marivaux et Beaumarchais » suit le programme officiel de français de quatrième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une comédie au siècle des Lumières, Maîtres et valets, Marivaux, L'Île des esclaves : changer de place, Le Jeu de l'amour et du hasard et le marivaudage. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de quatrième à réussir en français.
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Une comédie au siècle des Lumières

Le XVIIIe siècle est le siècle des Lumières : des philosophes comme Montesquieu, Voltaire, Diderot ou Rousseau soumettent les traditions à l'examen de la raison, critiquent les injustices et défendent la liberté. Le théâtre comique participe à ce mouvement : il fait rire, mais il pose aussi des questions sur l'ordre de la société.

Ce que dit le programme. En 4e, dans l'entrée « Individu et société : confrontations de valeurs ? », on étudie « une tragédie ou une tragicomédie du XVIIe siècle (lecture intégrale), ou une comédie du XVIIIe siècle (lecture intégrale) ». Il s'agit de découvrir « la confrontation des valeurs portées par les personnages » et de s'interroger « sur les conciliations possibles ou non entre les systèmes de valeurs mis en jeu » (programme du cycle 4, BO n° 31 du 30 juillet 2020).
Deux scènes à ParisCe qu'il faut savoirPièces du chapitre
Les Comédiens italiensRevenus à Paris en 1716, ils jouent à l'hôtel de Bourgogne. Ils apportent les personnages de la commedia dell'arte, comme Arlequin. Marivaux écrit pour eux la plupart de ses comédies.L'Île des esclaves (1725), Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Les Fausses Confidences (1737)
La Comédie-FrançaiseTroupe royale, héritière de celle de Molière.Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784)
Pour faire le lien. Les bases du théâtre (répliques, didascalies, ressorts du comique, personnages types) sont vues en 5e dans Le théâtre et la comédie : la société sens dessus dessous. La tragédie, l'autre choix du programme de 4e, est étudiée dans Le théâtre (tragédie, drame). Le contexte historique : Les Lumières et la Révolution française.
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Maîtres et valets

Dans la comédie du XVIIIe siècle, presque tout se joue entre maîtres et valets. Les domestiques ne sont plus seulement là pour faire rire ou pour aider les jeunes amoureux : ils parlent, jugent leurs maîtres et réclament le respect.

PersonnagePièceSon rôle
ArlequinL'Île des esclaves ; Le Jeu de l'amour et du hasardValet venu de la commedia dell'arte italienne : gourmand, naïf en apparence, mais plein de bon sens. Dans L'Île des esclaves, il devient le maître de son maître.
LisetteLe Jeu de l'amour et du hasardFemme de chambre de Silvia, une soubrette qui ose répondre à sa maîtresse : « Si j'étais votre égale, nous verrions » (I, 1).
DuboisLes Fausses ConfidencesAncien valet de Dorante, il invente toutes les ruses de la pièce pour que la riche Araminte épouse son ancien maître, ruiné.
FigaroLe Barbier de Séville ; Le Mariage de FigaroBarbier, puis valet de chambre du comte Almaviva. Il a exercé mille métiers et met son esprit au service de ses maîtres… puis contre son maître.
Exemple. Dans Le Barbier de Séville (I, 2), le comte reproche à Figaro ses défauts de domestique. Figaro réplique : « Aux vertus qu'on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets ? » La question retourne le reproche contre les maîtres.
Attention ! Le mot « esclave » de L'Île des esclaves renvoie à la Grèce antique, où se passe la pièce. Les autres comédies du chapitre mettent en scène des domestiques : ils sont payés et peuvent quitter leur maître, mais ils dépendent de lui pour vivre.
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Marivaux, L'Île des esclaves : changer de place

L'Île des esclaves est une comédie en un acte et en prose, jouée pour la première fois le 5 mars 1725 par les Comédiens italiens. Après un naufrage, deux maîtres athéniens, Iphicrate et Euphrosine, échouent avec leurs esclaves, Arlequin et Cléanthis, sur une île fondée par des esclaves révoltés.

La loi de l'île. Maîtres et esclaves échangent leurs noms, leurs habits et leur condition. Le magistrat Trivelin en explique le but : « Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons » (scène 2). L'esclavage des maîtres est un « cours d'humanité » de trois ans, pour les rendre « humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie ».
ÉtapeCe qui se passe
Le renversementArlequin refuse d'obéir et reproche à Iphicrate de l'avoir traité « comme un pauvre animal ». Trivelin lui donne l'épée de son maître.
Les portraitsCléanthis fait devant Trivelin le portrait de sa maîtresse, coquette et méprisante ; Euphrosine doit reconnaître qu'il est ressemblant.
L'apprentissageLes nouveaux maîtres imitent les manières des anciens, sans y réussir ; les anciens maîtres souffrent à leur tour.
Le pardonArlequin pardonne le premier : « je n'aurais point le courage d'être heureux à tes dépens » (scène 9). Cléanthis pardonne à son tour, après avoir dit son fait à sa maîtresse.
Le dénouementTrivelin conclut : « La différence des conditions n'est qu'une épreuve que les dieux font sur nous » (scène 11). Tous repartiront pour Athènes.
À retenir. La pièce ne demande pas d'abolir les maîtres : elle montre que la valeur d'un être humain ne dépend pas de son rang, et que le pouvoir oblige à l'humanité. C'est une utopie (un pays imaginaire qui sert de leçon), dans l'esprit des Lumières.
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Le Jeu de l'amour et du hasard et le marivaudage

Le Jeu de l'amour et du hasard, comédie en trois actes et en prose, est créé le 23 janvier 1730 par les Comédiens italiens. C'est aujourd'hui sa comédie la plus célèbre.

Le double déguisement. Silvia doit épouser Dorante, qu'elle ne connaît pas. Inquiète, elle obtient de son père, M. Orgon, de prendre la place de sa femme de chambre, Lisette, pour observer son prétendant. Mais Dorante a eu la même idée : il arrive déguisé en valet, sous le nom de Bourguignon, tandis que son valet Arlequin se fait passer pour lui. M. Orgon et son fils Mario, qui savent tout, laissent le jeu continuer.

Le conflit est d'abord intérieur : Silvia est attirée par celui qu'elle croit un valet, et le « maître » qu'on lui destine la dégoûte. Dorante, de son côté, aime celle qu'il croit une femme de chambre. À l'acte III, avant de connaître la vérité, il décide de l'épouser : « le mérite vaut bien la naissance » (III, 8). Silvia ne se dévoile qu'après avoir obtenu cette preuve d'amour.

Le marivaudage. Le nom de Marivaux a donné le verbe marivauder et le nom marivaudage, attesté dès 1739 : un échange de propos amoureux délicats, plein de nuances, où les personnages jouent avec les mots pour dire (ou cacher) ce qu'ils ressentent. Chez Marivaux, on parle beaucoup d'amour avant d'oser se l'avouer.

Dans Les Fausses Confidences (1737), c'est un valet, Dubois, qui conduit l'intrigue : il veut que la riche veuve Araminte épouse son ancien maître Dorante, sans fortune. Il promet : « Quand l'amour parle, il est le maître ; et il parlera » (I, 2).

Attention ! Le titre ne parle pas d'un jeu de société : le « jeu », c'est le déguisement, et le « hasard », la coïncidence qui donne la même idée aux deux promis. Et la fin rassure les spectateurs : Silvia et Dorante sont bien du même rang, comme Lisette et Arlequin.
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Beaumarchais et Figaro, le valet qui conteste

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), fils d'un horloger parisien, a mené mille vies : horloger, musicien, homme d'affaires, agent secret du roi, soutien des insurgés américains… et auteur de théâtre. Son héros, Figaro, lui ressemble : un homme du peuple qui ne doit rien à sa naissance et tout à son esprit.

PièceIntrigueFigaro
Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile (Comédie-Française, 1775)Le comte Almaviva aime Rosine, que son vieux tuteur Bartholo garde enfermée pour l'épouser.Barbier, ancien valet du comte, il imagine les ruses qui permettent le mariage. Sa devise : « Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer » (I, 2).
La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro (écrit en 1778, joué en 1784)Le jour des noces de Figaro et de Suzanne, le comte, devenu infidèle, veut séduire Suzanne, alors qu'il a « aboli ce droit honteux » que les seigneurs prétendaient avoir sur les jeunes mariées (I, 1).Valet de chambre du comte, il s'allie à Suzanne et à la comtesse pour déjouer son maître.
Une pièce censurée. Écrit vers 1778, Le Mariage de Figaro choque le roi Louis XVI, qui en interdit d'abord la représentation publique. Il n'est joué à la Comédie-Française que le 27 avril 1784 : c'est un triomphe, avec 68 représentations de suite. Mozart en tire un opéra, Les Noces de Figaro, en 1786 ; Rossini adapte Le Barbier en 1816.

Au dernier acte, seul dans la nuit, Figaro lance un long monologue (V, 3) contre son maître absent : « Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ». Il y défend aussi la liberté d'écrire : « sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ».

Le savais-tu ? L'action se passe en Espagne, à Séville et dans le château d'Aguas-Frescas, « à trois lieues de Séville ». Mais les spectateurs parisiens reconnaissaient sans peine leur propre société : la noblesse, ses privilèges, la censure, la justice.
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Des valeurs qui s'affrontent… et se concilient ?

Le programme demande de repérer les valeurs qui s'affrontent, puis de se demander si elles peuvent se concilier. Dans ces comédies, les conflits opposent des personnages, mais aussi des idées sur ce qui fait la valeur d'une personne.

Valeurs en conflitExemple
La naissance contre le mériteDorante veut épouser celle qu'il croit servante : « le mérite vaut bien la naissance » ; Figaro oppose ses talents aux privilèges du comte.
L'autorité des pères contre le choix du cœurSilvia refuse d'épouser un inconnu sans l'avoir observé ; Rosine échappe à son tuteur.
Le pouvoir du maître contre la dignité du serviteurArlequin rappelle à Iphicrate qu'il le battait ; le comte Almaviva veut user de son pouvoir sur Suzanne.
La richesse contre l'amourDans Les Fausses Confidences, la riche Araminte finit par épouser Dorante, ruiné.
La loi des hommes contre la place des femmesDans le vaudeville final du Mariage, Suzanne chante que le mari infidèle fait rire, la femme est punie : « Les plus forts ont fait la loi ».
Tragédie (XVIIe)Comédie (XVIIIe)
Personnagesrois, princes, hérosmaîtres et valets, pères et enfants
Conflitsans issue (dilemme)surmonté par la ruse, le jeu, l'aveu
Dénouementmort, séparation : aucune conciliationpardon, mariage : les valeurs se concilient
Attention ! Une conciliation n'est pas une révolution. À la fin, chacun retrouve en général sa place. Mais le public a entendu les valets juger les maîtres, et la question reste posée. Par sa critique des privilèges de la noblesse, Le Mariage de Figaro, joué cinq ans avant 1789, est souvent considéré comme un signe avant-coureur de la Révolution.
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Méthode : analyser une confrontation de valeurs

Pour étudier une scène de comédie du XVIIIe siècle, procède en cinq temps :

  1. Situer la scène : qui est maître, qui est valet ? Qui est déguisé, qui sait quoi ? Le public en sait-il plus que les personnages ?
  2. Observer qui domine : qui parle le plus, qui pose les questions, qui donne des ordres (phrases injonctives), qui tutoie ou vouvoie ?
  3. Nommer les valeurs qui s'affrontent : naissance, mérite, richesse, amour, liberté, obéissance, raison…
  4. Relever les procédés : ironie, questions qui n'attendent pas de réponse, énumérations, antithèses, aparté, comique de mots ou de situation, et dire leur effet.
  5. Conclure : la scène critique-t-elle un abus ? Les valeurs peuvent-elles se concilier ?
Exemple rédigé. Dans la scène 10 de L'Île des esclaves, Cléanthis demande ce qu'il faut être pour pardonner : « Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. » Les questions suivies de réponses brèves écartent un à un les avantages des maîtres. Elle conclut qu'il faut « avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison » : la valeur morale l'emporte sur le rang, et c'est la servante qui donne la leçon.
Astuce. Pour les types et formes de phrase, revois Les formes de phrase ; pour justifier, cite toujours la réplique (entre guillemets) avec l'acte et la scène.
À retenir
  • Programme de 4e : « Individu et société : confrontations de valeurs ? » ; une comédie du XVIIIe siècle peut remplacer la tragédie du XVIIe.
  • Marivaux (Comédiens italiens) : L'Île des esclaves (1725), Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Les Fausses Confidences (1737) ; le marivaudage.
  • Beaumarchais (Comédie-Française) : Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784, après des années de censure).
  • Les valets parlent, jugent et parfois mènent l'action : Arlequin, Lisette, Dubois, Figaro.
  • Valeurs en conflit : naissance et mérite, autorité et choix du cœur, pouvoir et dignité, richesse et amour.
  • Le dénouement concilie (pardon, mariage), mais la critique de la société, dans l'esprit des Lumières, reste entendue.
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