Ressources · 1ʳᵉ ·
Thème 5 — Axe 1 : pouvoir et religion, des liens historiques traditionnels
Couronnement de Charlemagne, le calife et l'empereur byzantin, pouvoir politique et autorité religieuse (spécialité HGGSP de 1re)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 313Constantin et Licinius accordent à Milan la liberté de culte aux chrétiensPoint de départ de l'alliance entre l'Empire romain et l'Église, dont héritent Byzance et les Carolingiens.
- 325Concile de Nicée, convoqué et présidé par ConstantinPremier exemple d'un empereur qui réunit les évêques pour fixer le dogme : modèle du basileus.
- 380Édit de Thessalonique (Théodose)Le christianisme de Nicée devient la religion de l'Empire : le pouvoir impose une orthodoxie.
- 494Lettre du pape Gélase Ier à l'empereur AnastaseDistingue l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal : base de la pensée occidentale des « deux pouvoirs ».
- 527-565Règne de Justinien ; Novelle 6 (535), Sainte-Sophie consacrée (537)Théorie de la « symphonie » entre sacerdoce et empire, et empereur législateur de l'Église.
- 632Mort de Mahomet à Médine ; Abou Bakr premier califeNaissance du califat : le calife succède au Prophète à la tête de la communauté, pas dans la prophétie.
- 661-750Califat omeyyade, capitale Damas ; Dôme du Rocher (691-692)Le calife affiche un pouvoir islamique face aux chrétiens, dans la pierre et sur la monnaie.
- 730-843Querelle iconoclaste à Byzance (restauration des images en 787, puis définitivement en 843)L'empereur intervient dans le dogme, mais rencontre la résistance des moines et des patriarches.
- 751 et 754Pépin le Bref élu et oint roi (751), puis sacré par le pape Étienne II à Saint-Denis (754)Naissance de l'onction royale franque et de l'alliance entre Carolingiens et papauté.
- 750-762Avènement des Abbassides (750), fondation de Bagdad (762)Nouvelle dynastie qui se réclame de la famille du Prophète et déplace le califat vers l'Irak.
- 25 décembre 800Couronnement de Charlemagne par le pape Léon III à Saint-Pierre de RomeJalon du programme : restauration d'un empereur en Occident et pouvoir sacralisé par l'Église.
- 813Charlemagne couronne lui-même son fils Louis à Aix-la-ChapelleMontre que l'empereur peut transmettre le titre sans le pape : la question de la supériorité reste ouverte.
- 833-848 env.Mihna : al-Ma'mun impose la doctrine du Coran créé, puis la politique est abandonnéeÉchec du calife à fixer le dogme : l'autorité religieuse passe durablement aux oulémas.
- 945Les émirs bouyides s'emparent de BagdadLe calife abbasside perd le pouvoir effectif et garde une autorité surtout symbolique.
- 1054Excommunications réciproques entre Rome et ConstantinopleOuverture : la rupture entre les chrétientés latine et grecque, qui ont pensé différemment pouvoir et religion.
- 1258Prise de Bagdad par les Mongols, exécution du calife al-Musta'simFin du califat abbasside de Bagdad : borne finale de l'histoire du califat « classique ».
Pouvoir et religion : poser les notions et l'héritage romain
Le thème 5 invite à analyser les relations entre États et religions. L'axe 1 remonte aux origines de ces liens : entre le VIIIe et le Xe siècle, trois grandes puissances associent étroitement pouvoir et religion, l'Empire carolingien, l'Empire byzantin et le califat.
Pouvoir politique : capacité de commander, de juger, de lever l'impôt et de faire la guerre sur un territoire et une population. Autorité religieuse : capacité de dire le vrai en matière de foi, de fixer le dogme et d'encadrer les fidèles. Un pouvoir est sacralisé lorsqu'il se présente comme voulu par Dieu et qu'un rite religieux le consacre.
Ces liens ont une origine romaine. En 313, à Milan, Constantin et Licinius accordent aux chrétiens la liberté de culte. En 325, Constantin convoque et préside le concile de Nicée : l'empereur se mêle du dogme. En 380, par l'édit de Thessalonique, Théodose fait du christianisme de Nicée la religion de l'Empire.
En 494, le pape Gélase Ier écrit à l'empereur Anastase que le monde est gouverné par deux principes : « l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal ». La formule oppose l'auctoritas, prestige moral de celui qui guide les âmes, à la potestas, force de commander. Elle ne sépare pas les deux domaines : elle affirme que les prêtres répondront devant Dieu des rois eux-mêmes.
Fil directeur du chapitre : dans les trois cas, le souverain tire sa légitimité de Dieu. Ce qui change, c'est qui détient l'autorité religieuse : le pape à Rome face à l'empereur franc ; l'empereur et le patriarche ensemble à Constantinople ; le calife, puis surtout les oulémas, à Damas et à Bagdad.
Des rois francs aux protecteurs de Rome (vers 500-799)
Le baptême de Clovis à Reims par l'évêque Remi, que les historiens placent entre 496 et 508, fait des rois francs des souverains catholiques, à la différence des rois goths ariens. Mais l'alliance décisive avec la papauté se noue au VIIIe siècle.
En 751, le maire du palais Pépin le Bref écarte le dernier roi mérovingien, Childéric III. Il a obtenu l'accord du pape Zacharie, se fait élire roi à Soissons, puis oindre par des évêques : c'est la première onction royale en Gaule franque, imitée des rois de l'Ancien Testament, Saül et David. En 754, à Saint-Denis, le pape Étienne II, menacé par les Lombards, renouvelle l'onction de Pépin et de ses fils, Carloman et Charles, et donne au roi le titre de patrice des Romains.
En échange, Pépin combat les Lombards et remet au pape, en 756, les territoires conquis autour de Rome et de Ravenne. Cette donation de Pépin est l'acte de naissance des États pontificaux : le pape devient aussi un souverain temporel, qui a besoin d'un protecteur armé.
Charles, roi en 768, poursuit l'alliance. En 774, il prend Pavie et devient roi des Lombards. Il fait de l'expansion chrétienne un devoir royal, jusqu'à la conversion forcée des Saxons (772-804). En 796, une lettre adressée au nouveau pape Léon III fixe le partage des rôles : au roi de défendre l'Église par les armes et d'affermir la foi, au pape de soutenir ce combat par la prière, « comme Moïse », les mains levées vers Dieu.
Le sacre change la nature du pouvoir : le roi n'est plus seulement un chef de guerre choisi par les grands, il devient l'« oint du Seigneur ». Sa personne est sacrée, ce qui rend sa déposition bien plus difficile et fait de l'Église la garante de la dynastie.
Noël 800 : le couronnement de Charlemagne, un pouvoir sacralisé
Le 25 avril 799, le pape Léon III est agressé dans Rome par des membres de l'aristocratie romaine hostiles à son élection. Il se réfugie auprès de Charles à Paderborn, en Saxe. Le roi vient à Rome à la fin de l'an 800 ; le 23 décembre, Léon se disculpe par un serment solennel des accusations portées contre lui.
Le 25 décembre 800, pendant la messe de Noël à Saint-Pierre de Rome, le pape pose une couronne sur la tête de Charles. Selon les Annales royales des Francs, les Romains l'acclament : « À Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! » Le pape se prosterne ensuite devant lui, comme on le faisait devant les empereurs antiques.
Le geste a plusieurs sens. Il restaure en Occident un titre impérial disparu en 476. Il sacralise un pouvoir déjà immense, qui s'étend de l'Èbre à l'Elbe. Il comble une vacance : à Constantinople règne depuis 797 une femme, l'impératrice Irène, que des auteurs occidentaux jugent incapable de porter le titre. Enfin, il fait du pape un faiseur d'empereur, puisque c'est lui qui pose la couronne avant l'acclamation.
Le biographe Éginhard affirme que Charles ne serait pas entré dans l'église ce jour-là s'il avait connu le projet du pape. Les historiens y voient moins un refus du titre qu'une réserve sur la mise en scène, qui faisait du pontife l'auteur de la dignité impériale, et une prudence envers Byzance. La part d'initiative de la cour franque, où Alcuin parlait déjà d'imperium christianum, reste débattue.
Byzance proteste, puis négocie : en 812, des ambassadeurs de l'empereur Michel Ier reconnaissent à Charles le titre d'empereur, tandis que Venise et les villes de la côte dalmate restent byzantines.
Un empereur qui gouverne aussi l'Église (789-814)
Charlemagne ne se contente pas de protéger l'Église : il la réforme. Dès 789, l'Admonitio generalis, capitulaire de 82 articles, demande aux clercs de corriger la liturgie, les livres et les mœurs, et d'ouvrir des écoles auprès des monastères et des évêchés.
Le souverain réunit et préside des synodes. Celui de Francfort, en 794, condamne l'adoptianisme, doctrine venue d'Espagne, et rejette ce que les Francs ont compris des décisions du concile de Nicée II (787) sur les images. En 809, un concile réuni à Aix-la-Chapelle défend l'ajout du Filioque au Credo ; le pape Léon III refuse de l'insérer dans le texte officiel. L'empereur tranche des questions de foi, mais le pape n'obéit pas toujours.
Le pouvoir se veut un ministère chrétien. Le serment de 802 engage chaque homme libre envers l'empereur, et d'abord à vivre en chrétien. Les missi dominici, envoyés par deux, un laïc et un ecclésiastique, contrôlent à la fois l'administration et la discipline religieuse. À la cour, Charles est surnommé David, du nom du roi biblique choisi par Dieu. L'imperium christianum désigne cet empire qui se confond avec la chrétienté latine.
Le 11 septembre 813, à Aix-la-Chapelle, Charlemagne couronne lui-même son fils Louis, sans le pape : la dignité impériale peut se transmettre dans la dynastie. Mais en 816, le pape Étienne IV vient sacrer Louis le Pieux à Reims : la papauté réaffirme son rôle dans la fabrication de l'empereur.
Retiens la tension : l'empereur agit en chef de l'Église franque, mais le pape, qui a couronné en 800, garde un argument pour se dire supérieur. Ce débat éclatera au XIe siècle, avec la querelle des Investitures (1075-1122).
Le basileus, élu de Dieu et garant de l'orthodoxie
À Constantinople, l'Empire romain n'a jamais disparu. En 629, Héraclius adopte officiellement le titre grec de basileus. L'empereur se présente comme l'élu de Dieu, image terrestre du Christ souverain. À partir du Ve siècle, le patriarche de Constantinople participe à son couronnement, qui se déroule à Sainte-Sophie.
L'empereur est le garant de l'orthodoxie, la « droite opinion ». Comme Constantin à Nicée, ses successeurs convoquent les conciles œcuméniques : Théodose Ier à Constantinople (381), Marcien à Chalcédoine (451), Justinien à Constantinople (553), Irène et son fils Constantin VI à Nicée (787). Justinien (527-565) légifère sur le clergé ; dans sa Novelle 6 (535), il décrit le sacerdoce et l'empire comme deux dons de Dieu dont l'accord, la symphonie, assure le bien du genre humain. En 537, il fait consacrer Sainte-Sophie.
Ce pouvoir va jusqu'au dogme. En 730, Léon III interdit le culte des images, l'iconoclasme, et fait déposer le patriarche Germain ; son fils Constantin V fait condamner les images au concile de Hiéreia (754). L'impératrice Irène les rétablit en 787 ; une seconde crise (815-843) s'achève en 843, lorsque l'impératrice Théodora restaure définitivement le culte des images.
Le basileus n'est pourtant pas prêtre : il ne célèbre pas la messe. Des patriarches et, plus encore, des moines comme Théodore Stoudite (759-826) lui résistent au nom de la foi. Et les grandes décisions doctrinales passent par des conciles, non par sa seule volonté.
L'iconoclasme montre les deux faces du modèle byzantin : l'empereur peut imposer une doctrine pendant des décennies, mais c'est finalement un concile et la pression des fidèles et des moines qui fixent l'orthodoxie.
Le calife, successeur du Prophète et commandeur des croyants
À la mort de Mahomet, en 632 à Médine, la communauté des croyants, l'umma, se donne un chef : Abou Bakr devient « successeur de l'envoyé de Dieu », khalifa. Le calife n'est pas prophète : la révélation est close. Il hérite de la direction de la communauté, non du message. Omar (634-644) prend le titre de commandeur des croyants.
Le calife commande les armées, perçoit l'impôt, nomme gouverneurs et juges (cadis), organise le pèlerinage, et son nom est prononcé au prône du vendredi. Le Coran fonde l'obéissance : « Obéissez à Dieu, obéissez au Messager et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement » (sourate 4, verset 59).
Les Omeyyades (661-750, capitale Damas) affichent ce pouvoir religieux : Abd al-Malik fait édifier à Jérusalem le Dôme du Rocher (691-692), dont les inscriptions s'adressent aux chrétiens, et frappe à partir de 696-697 des monnaies sans image, couvertes de formules coraniques. Les Abbassides (750-1258), qui se réclament d'al-Abbas, oncle du Prophète, fondent Bagdad en 762.
Mais le calife ne fixe pas le dogme. En 833, al-Ma'mun impose aux savants la doctrine du Coran « créé » : c'est la mihna, l'« épreuve ». Ahmad ibn Hanbal résiste ; la politique est abandonnée vers 848-850. Les oulémas deviennent les gardiens de la loi. Le califat se divise aussi : les chiites réservent l'autorité aux imams descendants d'Ali ; un califat fatimide est proclamé en 909, un autre à Cordoue en 929 ; en 945, les Bouyides prennent Bagdad et ne laissent au calife qu'un rôle symbolique.
Comparer les trois modèles : un débat d'historiens
| Empire carolingien | Empire byzantin | Califat | |
|---|---|---|---|
| Souverain | Roi oint (751, 754), empereur couronné (800) | Basileus, élu de Dieu | Calife, successeur du Prophète |
| Rite | Onction, couronnement par le pape | Couronnement à Sainte-Sophie, avec le patriarche | Serment d'allégeance (bay'a) |
| Qui fixe le dogme ? | Conciles réunis par l'empereur, pape | Conciles convoqués par l'empereur | Oulémas, surtout après la mihna |
| Contre-pouvoir | Le pape | Patriarches, moines | Oulémas, chiites, émirs |
Les trois pouvoirs sont sacralisés, mais aucun n'est une théocratie pure, où Dieu gouvernerait directement par ses prêtres. Partout, le souverain protège la foi ; partout, une autre instance revendique une part de l'autorité religieuse.
Pour Byzance, le mot césaropapisme, forgé à l'époque moderne, a longtemps servi à décrire un empereur maître de l'Église. Gilbert Dagron, dans Empereur et prêtre (1996), montre qu'il simplifie à l'excès : l'empereur revendique un rôle quasi sacerdotal, mais l'Église le lui conteste sans cesse.
Pour le califat, Patricia Crone et Martin Hinds, dans God's Caliph (1986), soutiennent que les premiers califes revendiquaient une véritable autorité religieuse, perdue au IXe siècle au profit des oulémas. D'autres historiens insistent sur le rôle précoce des savants.
Pour Charlemagne, le débat porte sur l'initiative de 800 : un pape qui cherche un protecteur et affirme sa supériorité, ou une cour franque qui prépare le titre impérial ? Les sources, écrites après coup, ne permettent pas de trancher.
En copie, présente ces débats comme tels, en nommant les historiens : c'est ce qui distingue une bonne copie d'un récit.
Pièges à éviter
1. Confondre sacre et couronnement. Le sacre est une onction d'huile sainte (Pépin, 751 et 754) ; le 25 décembre 800, les sources décrivent un couronnement suivi d'acclamations.
2. Parler de « séparation » ou de « laïcité ». Gélase distingue deux pouvoirs en 494, il ne les sépare pas : les prêtres répondent devant Dieu des rois eux-mêmes. Le vocabulaire de la sécularisation relève de l'axe 2.
3. Faire du calife le « pape de l'islam ». L'islam sunnite n'a pas de clergé hiérarchique ; le calife dirige la communauté, les oulémas interprètent la loi.
4. Faire du basileus un prêtre. Il convoque les conciles et intervient dans le dogme (730), mais il ne célèbre pas la messe et rencontre des résistances (843).
5. Anachronismes de titre. Charlemagne est « empereur des Romains » ; le Saint-Empire naît en 962 avec Otton Ier, et son nom complet est plus tardif.
6. Prendre la Donation de Constantin pour un vrai texte. Ce document, qui prétend que Constantin a cédé l'Occident au pape, est un faux fabriqué au VIIIe siècle, démasqué par Lorenzo Valla en 1440.
7. Mélanger les dates en 8. 800 : couronnement ; 813 : Louis couronné par son père ; 843 : fin de l'iconoclasme à Byzance (et, en Occident, traité de Verdun, sans rapport avec ce chapitre).
- Pouvoir et religion sont liés depuis Constantin (313, 325) ; Gélase distingue en 494 l'autorité des pontifes et le pouvoir des rois.
- Les Carolingiens sont oints (751, 754) et protègent la papauté (donation de 756) ; le 25 décembre 800, Léon III couronne Charlemagne empereur à Saint-Pierre de Rome : un pouvoir sacralisé.
- Charlemagne gouverne aussi l'Église (Admonitio generalis, 789 ; synodes), mais le pape garde l'argument du couronnement.
- Le basileus, élu de Dieu, convoque les conciles et impose l'iconoclasme (730-843), sans être prêtre : on parle de symphonie plutôt que de césaropapisme.
- Le calife succède au Prophète (632) à la tête de l'umma, mais ne fixe pas le dogme : échec de la mihna (833-848 env.), autorité des oulémas, perte du pouvoir effectif en 945.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs