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Collège · 5ᵉ · Histoire

L'Église et le pouvoir politique au Moyen Âge

Papes, rois et querelle des investitures

À propos de cette page
Ce cours de histoire en cinquième sur « L'Église et le pouvoir politique au Moyen Âge » suit le programme officiel de histoire de cinquième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Deux pouvoirs pour un seul monde : le spirituel et le temporel, Le roi, un homme sacré, Réformer l'Église : la réforme grégorienne, La querelle des Investitures (1075-1122). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de cinquième à réussir en histoire.
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Deux pouvoirs pour un seul monde : le spirituel et le temporel

Dans l'Occident médiéval, tout le monde est chrétien, et personne ne sépare la religion de la politique. Deux autorités se partagent le gouvernement des hommes.

Le pouvoir spirituelcelui du pape et des évêques : guider les âmes vers le salut, dire ce qui est permis, administrer les sacrements
Le pouvoir temporelcelui de l'empereur, des rois et des seigneurs : faire régner l'ordre, rendre la justice, faire la guerre

On dit que Dieu a confié aux hommes deux glaives, l'un spirituel, l'autre temporel. Mais qui tient le glaive le plus haut ? Pour les papes, l'âme vaut plus que le corps : le pape doit donc pouvoir corriger les rois. Pour les empereurs et les rois, leur pouvoir vient de Dieu directement, sans passer par le pape. Ce désaccord traverse tout le Moyen Âge.

Théocratie pontificale. Idée selon laquelle le pape, représentant de Dieu sur terre, est au-dessus de tous les souverains et peut les juger, les excommunier, voire les déposer.
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Le roi, un homme sacré

Le roi n'est pas un seigneur comme les autres : il est sacré. En 751, Pépin le Bref, qui vient de renverser le dernier roi mérovingien, se fait sacrer par les évêques pour légitimer son coup de force ; le pape lui-même renouvelle le sacre en 754. En 800, le pape Léon III couronne son fils Charlemagne empereur.

La cérémonie du sacre a lieu à Reims, dans la cathédrale où Clovis avait été baptisé. L'archevêque marque le roi d'une huile sainte, qu'on dit apportée du ciel dans la sainte ampoule, puis lui remet les regalia : couronne, sceptre, main de justice, épée. Le roi jure de protéger l'Église et de rendre la justice.

Exemple. Après le sacre, le roi de France touche les malades atteints des écrouelles en disant : « Le roi te touche, Dieu te guérit. » On croit le roi thaumaturge, c'est-à-dire capable de guérir : le sacre a fait de lui un personnage à part, entre les laïcs et les clercs.

À l'est, le roi de Germanie Otton Ier se fait couronner empereur à Rome en 962 : c'est la naissance du Saint-Empire romain germanique. Les empereurs y nomment eux-mêmes les évêques, qui sont aussi de grands seigneurs : c'est leur principal appui contre les ducs.

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Réformer l'Église : la réforme grégorienne

Au Xe siècle, l'Église est aux mains des laïcs : les seigneurs nomment les curés, les empereurs nomment les évêques, et l'on achète souvent sa charge. Des moines, notamment ceux de Cluny, réclament une Église libre et pure. À partir de 1049, les papes reprennent ce programme : c'est la réforme grégorienne, du nom de son pape le plus énergique, Grégoire VII (1073-1085).

Ce qu'on combatCe qu'on impose
la simonie : acheter ou vendre une charge d'Églisedes évêques choisis pour leur valeur, non pour leur argent
le nicolaïsme : le mariage ou le concubinage des prêtresle célibat des prêtres
l'investiture laïque : un roi ou un seigneur qui remet à un évêque les signes de sa chargel'élection par le clergé ; le pape élu par les seuls cardinaux (décret de 1059)

En 1075, Grégoire VII fait rédiger le Dictatus papae, une liste de 27 propositions qui résume sa vision : le pape seul est universel, nul ne peut le juger, et il a le droit de déposer les empereurs. Jamais un pape n'avait été si loin.

Astuce. Retiens la logique : pour libérer l'Église des laïcs, le pape doit d'abord affirmer qu'il est au-dessus d'eux. La réforme religieuse devient forcément un conflit politique.
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La querelle des Investitures (1075-1122)

L'empereur Henri IV ne peut accepter de perdre le choix des évêques, colonne de son pouvoir. Le conflit s'enchaîne en quelques mois.

L'excommunication est une arme terrible : elle exclut le roi de l'Église, et ses vassaux ne se sentent plus liés par leur serment. Henri IV fait donc pénitence à Canossa, en Italie du Nord, et obtient l'absolution. Mais ce n'est qu'une manœuvre : dès qu'il a repris l'avantage, il marche sur Rome (1084), installe un antipape, et Grégoire VII meurt en exil à Salerne en 1085.

Le compromis n'arrive qu'en 1122, avec le concordat de Worms : l'évêque est élu par le clergé ; le pape lui remet les signes spirituels (l'anneau et la crosse) ; l'empereur lui remet ses pouvoirs temporels (le sceptre). Chacun garde sa part.

Attention ! Canossa n'est pas une victoire définitive du pape : Henri IV est humilié en 1077, mais c'est Grégoire VII qui meurt chassé de Rome. L'humiliation d'un jour ne dit pas qui a gagné la guerre.
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Innocent III : le pape au sommet

Un siècle plus tard, la papauté est au sommet de sa puissance avec Innocent III (1198-1216). Juriste et théologien, il se dit vicaire du Christ et intervient dans toutes les affaires de la chrétienté.

  • Il jette l'interdit sur le royaume de France en 1200 pour obliger Philippe Auguste à reprendre son épouse répudiée : plus de messe, plus de sacrements dans tout le royaume, jusqu'à ce que le roi cède.
  • Il excommunie le roi d'Angleterre Jean sans Terre en 1209 ; en 1213, le roi capitule et fait de l'Angleterre un fief du pape.
  • Il lance la quatrième croisade (1202) et la croisade contre les Albigeois (1209).
  • En 1215, il réunit le concile de Latran IV, le plus grand du Moyen Âge : il impose à tout chrétien la confession et la communion au moins une fois par an, à Pâques.
Interdit. Sanction qui frappe non une personne, mais un territoire : tous les offices religieux y sont suspendus. Elle retourne la population contre son souverain, tenu pour responsable.
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Contrôler la foi : hérétiques, Inquisition, ordres mendiants

Une Église si puissante ne tolère pas la contestation. Les hérétiques — ceux qui s'écartent de la doctrine officielle — sont pourchassés. Les plus connus sont les cathares du Languedoc, qui rejettent les sacrements et la richesse de l'Église : la croisade des Albigeois (à partir de 1209) les écrase, et leur dernière forteresse, Montségur, tombe en 1244.

En 1231-1233, le pape Grégoire IX crée l'Inquisition, un tribunal d'Église confié aux dominicains : il recherche les hérétiques, les interroge, et remet les obstinés au bras séculier, qui peut les condamner au bûcher.

Au même moment, deux ordres mendiants répondent, de l'intérieur, aux critiques sur la richesse du clergé : les franciscains de François d'Assise (1209-1210), qui vivent d'aumônes dans les villes, et les dominicains de Dominique de Guzmán (1216), voués à la prédication.

Astuce. Deux réponses à la même question — « pourquoi l'Église est-elle si riche ? » : les cathares y répondent en quittant l'Église, les franciscains en la réformant de l'intérieur. La première mène au bûcher, la seconde à la sainteté.
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Le roi contre le pape : Philippe le Bel et Boniface VIII

Au début du XIVe siècle, le rapport de force s'inverse. Le roi de France Philippe IV le Bel (1285-1314) veut faire payer un impôt à son clergé ; le pape Boniface VIII le lui interdit. En 1302, la bulle Unam Sanctam affirme que tout être humain, roi compris, est soumis au pape. Le roi réplique en réunissant, la même année, les premiers états généraux du royaume, qui le soutiennent.

Le 7 septembre 1303, à Anagni, le conseiller du roi Guillaume de Nogaret fait arrêter le pape dans son propre palais. Libéré, Boniface VIII meurt un mois plus tard. Son successeur, élu sous la pression française, s'installe à Avignon en 1309 : les papes y resteront jusqu'en 1377, sous l'influence du roi de France.

Exemple. Le même roi obtient du pape d'Avignon la suppression de l'ordre des Templiers (arrêtés en 1307, ordre dissous en 1312) et s'empare de leurs biens : signe que le temporel commande désormais au spirituel.
Attention ! Ne dis pas que l'Église « perd » au XIVe siècle : elle reste immensément riche et respectée. Ce qui change, c'est l'idée que le pape commande aux rois — cette idée-là ne s'en remettra pas.
En bref
  • Deux pouvoirs : le spirituel (pape, évêques) et le temporel (empereur, rois). Qui domine l'autre ? C'est le grand conflit du Moyen Âge.
  • Le roi est sacré à Reims (sainte ampoule, regalia) : Pépin le Bref 751, Charlemagne empereur 800, Otton Ier 962 (Saint-Empire).
  • Réforme grégorienne (à partir de 1049) : contre la simonie, le nicolaïsme, l'investiture laïque. Pape élu par les cardinaux (1059). Dictatus papae (1075) : le pape peut déposer l'empereur.
  • Querelle des Investitures : Henri IV excommunié (1076) → pénitence de Canossa (1077) → Grégoire VII meurt exilé (1085) → concordat de Worms (1122) : anneau et crosse par le pape, sceptre par l'empereur.
  • Innocent III (1198-1216) : interdit sur la France, Angleterre fief du pape, croisade des Albigeois, concile de Latran IV (1215).
  • Contre les hérétiques (cathares) : Inquisition (1231-1233). Ordres mendiants : franciscains, dominicains.
  • Philippe le Bel contre Boniface VIII : Unam Sanctam (1302), attentat d'Anagni (1303), papes à Avignon (1309-1377) : le roi l'emporte.
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