Papes, rois et querelle des investitures
Au Moyen Âge, l'Église catholique est l'institution la plus puissante d'Occident. Elle encadre la vie de tous les chrétiens, de la naissance jusqu'à la mort, grâce aux sacrements (baptême, mariage, eucharistie, extrême-onction…). Sans appartenir à l'Église, un homme est exclu de la société et risque la damnation éternelle.
L'Église possède d'immenses richesses : des terres (environ un tiers des terres d'Occident), des dîmes (impôt équivalent à 1/10 de la récolte) et des dons des fidèles. Grâce à ces revenus, elle finance des cathédrales, des hôpitaux et des écoles.
L'Église est aussi la seule institution qui dépasse les frontières des royaumes : elle unit tous les chrétiens d'Europe sous l'autorité du pape, évêque de Rome et successeur de saint Pierre. C'est ce que l'on appelle la chrétienté occidentale.
L'Église est organisée comme une pyramide hiérarchique :
| Échelon | Rôle |
|---|---|
| Le pape | Chef suprême de l'Église, basé à Rome. Il fixe la doctrine et gouverne l'Église universelle. |
| Les cardinaux | Conseillers du pape. Depuis 1059, ils élisent le nouveau pape lors du conclave. |
| Les archevêques et évêques | Dirigent les archidiocèses et les diocèses (territoires ecclésiaux). |
| Les curés | Prêtres des paroisses (villages, quartiers). Célèbrent les messes et administrent les sacrements. |
À côté du clergé séculier (prêtres, évêques qui vivent dans le monde), il existe le clergé régulier : les moines et moniales qui vivent reclus dans des monastères selon une règle (du latin regula). Les bénédictins suivent la règle de saint Benoît.
Aux IXe–Xe siècles, l'Église connaît une grave crise : simonie (achat et vente des charges religieuses), nicolaïsme (mariage des prêtres), et surtout l'investiture laïque — les seigneurs et les rois nomment eux-mêmes les évêques, souvent contre de l'argent.
Pour purifier l'Église, une réforme s'organise au XIe siècle, portée notamment par les moines de Cluny (abbaye fondée en Bourgogne en 910). Ils prônent l'indépendance de l'Église vis-à-vis des pouvoirs laïcs.
Le pape Nicolas II organise en 1059 le décret sur l'élection pontificale : désormais, le pape est élu par les seuls cardinaux, sans intervention des empereurs ou des rois. C'est une étape fondamentale pour affirmer l'indépendance de la papauté.
La grande crise entre le pape et le pouvoir politique éclate avec la querelle des investitures. L'investiture est la cérémonie par laquelle on remet à un évêque les symboles de sa charge (l'anneau et la crosse). La question centrale est : qui a le droit de nommer les évêques, le pape ou le roi ?
En 1075, le pape Grégoire VII publie le Dictatus papae (dictées du pape) : un texte de 27 propositions affirmant que le pape est supérieur à tous les souverains et peut les déposer. Il interdit l'investiture laïque.
L'empereur Henri IV (Saint-Empire romain germanique) refuse d'obéir et continue de nommer des évêques. En 1076, Grégoire VII prend des mesures radicales :
En janvier 1077, l'empereur Henri IV se retrouve dans une situation désespérée. Ses princes refusent de lui obéir et menacent de l'élire un autre roi. Il décide alors de se rendre au château de Canossa (en Italie), où séjourne le pape Grégoire VII.
Selon les chroniques, Henri IV se présente trois jours durant pieds nus dans la neige, vêtu du cilice (vêtement de pénitent), suppliant le pape de le relever de l'excommunication. Grégoire VII finit par l'absoudre.
La querelle ne s'arrête pas pour autant : Henri IV reprend le conflit, impose un antipape (Clément III) et assiège Rome. Le conflit se conclut définitivement par le concordat de Worms en 1122 : un compromis est trouvé entre le pape Calixte II et l'empereur Henri V. L'Église nomme les évêques pour leur mission spirituelle, et l'empereur les investit pour leurs fiefs temporels.
L'Église affirme aussi son pouvoir en lançant les croisades, des expéditions militaires vers la Terre sainte (Palestine). En 1095, le pape Urbain II appelle, au concile de Clermont, les chevaliers chrétiens à reprendre Jérusalem aux Turcs seldjoukides (musulmans) qui menacent les pèlerins.
La première croisade (1096-1099) aboutit à la prise de Jérusalem en 1099. Les croisés fondent des États latins d'Orient : le royaume de Jérusalem, les comtés d'Antioche et d'Édesse, la principauté de Tripoli.
Au total, huit croisades majeures se succèdent entre 1096 et 1270. La troisième croisade (1189-1192) oppose le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion au sultan musulman Saladin, qui avait repris Jérusalem en 1187. La croisade ne récupère pas Jérusalem mais obtient un accès aux Lieux saints pour les pèlerins.
L'Église s'efforce de maintenir l'unité de la foi chrétienne en combattant les hérésies, c'est-à-dire les croyances qui s'écartent de la doctrine officielle.
Au XIIe–XIIIe siècle, le catharisme (ou mouvement albigeois) se développe dans le sud de la France. Les cathares rejettent l'Église romaine, ses richesses et ses sacrements, prônant une vie pauvre et ascétique. Ils croient en un dualisme : le monde matériel est l'œuvre du mal, seule l'âme peut être sauvée.
Pour lutter contre les hérésies, l'Église utilise plusieurs moyens :
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