L’affrontement vise à vaincre, le dialogue à comprendre : la dispute participe des deux, et c’est cette ambiguïté qui la rend théâtrale. La pièce de Sarraute offre un cas limite, puisque ses personnages ne cessent de chercher ensemble ce qui les oppose.
La dispute est-elle une guerre menée avec des mots, ou une recherche commune menée sur le mode de l’hostilité ?
Le plan en trois parties
Un affrontement en règle
- La scène s’ouvre sur une sommation et se poursuit en rapports de forces.les toutes premières répliques, mouvement 1 : H.1 réclame un motif sans exposition préalable
- Les coups visent la personne, sa vie, sa légitimité.le mouvement 5, où les occupations et les satisfactions de l’un sont opposées à celles de l’autre
- L’un cherche à faire valider sa victoire par des tiers.la convocation des témoins, mouvement 6 : des voisins sont appelés sur le plateau
Et pourtant un dialogue d’une rare exigence
- Les deux hommes collaborent pour reconstituer une seconde de leur passé commun.le passage du mouvement 4 où la relation ancienne est rejouée devant le spectateur
- Chacun écoute l’autre avec une attention que la conversation ordinaire ne connaît pas.la défense de H.1 au mouvement 2, fondée sur la lettre de l’énoncé
- L’un tente de faire entendre à l’autre une expérience intime, ce qui relève de la confidence.l’évocation d’une vie simple et d’un moment partagé, mouvement 5
La dispute est le seul dialogue possible sur ce qui n’a pas de mots
- L’hostilité fournit l’énergie nécessaire pour descendre sous la conversation polie.le mouvement 7, où les mots échangés sont décrits comme des coups
- Le désaccord est la condition de la recherche : s’ils s’accordaient, l’exploration cesserait.le moment où les deux amis se retrouvent un instant contre les voisins, mouvements 6-7
- La fin relance le mouvement, comme si le dialogue ne pouvait se poursuivre qu’en se brouillant.les fins annoncées et différées, mouvements 7-8
Ne connaît-on jamais mieux quelqu’un qu’au moment où l’on se dispute avec lui ?