La pièce ne repose ni sur un décor ni sur une gestuelle, mais sur la voix, son grain, ses silences et son rythme. Le sujet demande d’examiner ce que l’écoute apporte de plus que le regard, et ce que cette primauté de la voix change au conflit représenté.
Pourquoi l’essentiel de la pièce se joue-t-il à l’oreille plutôt qu’à l'œil ?
Le plan en trois parties
Une pièce qui donne peu à voir
- Presque aucune didascalie, aucun décor imposé, aucun objet signifiant.les indications de jeu, brèves et rares, laissées au metteur en scène
- Les personnages, réduits à des initiales, n’offrent aucune image à composer.les deux personnages désignés par des sigles, d’un bout à l’autre du texte
- Rien n’est donné du lieu ni des circonstances : la pièce s’ouvre sur une parole déjà engagée, que l’on prend en route.les toutes premières répliques, mouvement 1 : H.1 réclame un motif sans exposition préalable
Une pièce dont l’objet même est un fait sonore
- Le litige porte sur une intonation, une durée, une suspension : cela s’entend, cela ne se voit pas.la description du ton, mouvement 2 : une durée anormale donnée à un mot, puis un blanc
- La reconstitution passe par la voix : il faut refaire entendre pour convaincre.le mouvement 4, où chacun prononce l’inflexion à son tour sans convaincre l’autre
- Le rythme haché et les blancs constituent la partition de l'œuvre.les scènes anciennes rejouées par les deux hommes, mouvement 4
Cette primauté de l’écoute engage la conception du conflit
- Entendre suppose une attention que le regard n’exige pas : le spectateur devient auditeur, donc témoin.la parole en présence des témoins, mouvement 6 : l’affrontement se déguise en exposé raisonnable
- Ce qui circule sous les mots ne peut être perçu que par l’oreille.le mouvement 7, où le personnage cherche à rendre sensible ce qui précède les mots
- Le désaccord final, purement verbal, confirme que tout se décide dans le son.la réduction à l’alternative, mouvement 9 : l’affrontement des deux monosyllabes
Un théâtre qui s’adresse d’abord à l’oreille ne retrouve-t-il pas ce que la tragédie antique savait du pouvoir de la voix ?