Résumer, c’est contenir l’essentiel d’un texte dans une formule qui n’en trahit ni la thèse ni la démarche. Or cette phrase énonce la solution sans énoncer l’obstacle, et c’est précisément l’obstacle que les deux mouvements suivants explorent.
Cette formule dit-elle toute l'œuvre, ou n’en donne-t-elle que le principe, dont le reste du Discours montre à quel point il est difficile à appliquer ?
Le plan en trois parties
Oui : toute la logique du texte tient dans cette phrase
- La phrase condense la thèse : la liberté n’est pas à prendre mais à cesser de céder, ce qui abolit la nécessité d’une révolution.« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » (clausule du premier mouvement)
- Elle s’appuie sur la démystification préalable du tyran, sans laquelle la résolution paraîtrait un défi insensé.« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » (premier mouvement)
- Elle est la traduction pratique du principe selon lequel le tyran n’a pas de force propre et tombe de lui-même.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
Non : elle suppose résolu ce que l'œuvre présente comme le vrai problème
- La coutume, cause première de la servitude, n’est pas une décision que l’on révoque, mais une seconde nature qui a effacé le souvenir du choix.« la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume » (deuxième mouvement)
- L’exemple syracusain montre un peuple satisfait de sa condition : on ne se résout pas à quitter ce qu’on croit avoir gagné.le sujet « a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude » (deuxième mouvement)
- Les divertissements publics fabriquent un consentement joyeux, contre lequel une simple résolution est désarmée.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
Elle laisse surtout hors champ ce que le troisième mouvement découvre
- Le pouvoir ne repose pas sur la masse des sujets mais sur un petit groupe intéressé, dont la résolution des autres ne suffit pas à défaire le calcul.« ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais « quatre ou cinq » (troisième mouvement)
- L’architecture pyramidale fait de chaque sujet le geôlier de son voisin : cesser de servir, c’est aussi cesser de tenir autrui.« le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (troisième mouvement)
- L’analyse de l’amitié impossible ajoute une raison morale que la formule ne contient pas : la tyrannie détruit jusqu’aux liens de ses profiteurs.« Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice » (troisième mouvement)
Une formule assez forte pour être retenue par tous peut-elle rester fidèle à une analyse qui, elle, demande deux mouvements supplémentaires ?