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Discours de la servitude volontaire
Étienne de La Boétie, vers 1548 — parcours « « Défendre » et « entretenir » la liberté »
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Sans document · Vous traiterez le sujet sous la forme d’une dissertation, en vous appuyant sur votre lecture du Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, sur les textes étudiés dans le cadre du parcours associé « Défendre » et « entretenir » la liberté, et sur vos lectures personnelles. Durée : 4 heures. L’usage du dictionnaire n’est pas autorisé.
Sujet
/ 20 ptsLe Discours de la servitude volontaire vous paraît-il enseigner davantage à défendre la liberté qu’à l’entretenir ?
Corrigé rédigé — une dissertation complète (2006 mots), à n'ouvrir qu'après avoir composé
Introduction
Lorsqu’un peuple perd sa liberté, on songe d’abord aux armes qui lui ont manqué ; La Boétie, lui, se demande ce qui lui manquait avant les armes. Le Discours de la servitude volontaire, écrit vers 1548 par un jeune humaniste qui n’a pas trente ans, prend le parti de ne pas raconter une conquête mais d’expliquer un consentement.
Défendre la liberté, c’est la protéger contre une agression, au moment où elle est menacée : le verbe suppose un ennemi, un danger et une urgence. L’entretenir, c’est la maintenir dans la durée par des mœurs, une éducation et des institutions qui la rendent désirable : le verbe suppose du temps, de la patience et des habitudes. Enseigner, enfin, ce n’est pas seulement énoncer une vérité, c’est former celui qui lit, et le rendre capable d’agir.
Or le Discours semble tout entier tourné vers le geste de défense : il s’achève sur un impératif, il célèbre Marathon et Sparte, il promet la liberté à qui se résoudra à ne plus servir. Mais cette défense, à y regarder de près, n’a pas d’objet, puisque la liberté est déjà perdue au moment où le texte commence, et perdue sans bataille. Ce que l'œuvre explique, c’est précisément pourquoi il n’y a rien eu à défendre.
Le Discours de la servitude volontaire apprend-il d’abord à repousser une agression, ou montre-t-il que la liberté se perd faute d’avoir été entretenue, si bien que le seul enseignement utile porterait sur les mœurs plutôt que sur les armes ?
On verra d’abord que le Discours a bien tous les traits d’un manuel de défense, ramené à son geste le plus simple. On montrera ensuite que l'œuvre déplace la question vers l’entretien de la liberté, seule explication de sa perte. On établira enfin que les deux verbes n’en font qu’un, parce que défendre la liberté, chez La Boétie, consiste à cesser chaque jour de la céder.
I. Le Discours enseigne d’abord à défendre la liberté
Le texte s’ouvre sur une scène de défense. Les vers d’Homère cités dans l’exorde, « Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », sont mis en discussion : La Boétie refuse d’accorder à Ulysse ce que la tradition lui accordait, et commence donc par une résistance. Le geste est celui d’un lettré, mais il a la forme d’un combat, et il engage tout le reste. À cette autorité ancienne, il oppose la question qui fait le livre : « comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes » souffrent un seul maître. La défense de la liberté commence ici par une défense contre un discours, celui qui fait passer le commandement d’un seul pour l’ordre naturel des choses. Le premier ennemi du texte n’est pas un roi, c’est une évidence.
L'œuvre puise ensuite dans l’histoire tous ses exemples de défense héroïque. Les guerres médiques ne sont pas racontées comme une campagne militaire mais interprétées comme « la victoire de la liberté sur la domination » : ce n’est pas un peuple qui l’a emporté sur un autre, c’est un principe. De même, la réponse de Sperthias et Boulis au satrape Indarne condense toute une éducation dans une phrase : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien ». Ces hommes défendent la liberté jusqu’à la mort, et le lecteur comprend que la défense n’a pas besoin d’un grand nombre : elle a besoin d’hommes qui savent ce qu’ils défendent. L’exemple antique fonctionne ici comme une preuve et comme un miroir : il prouve que la chose est possible, et il fait honte à qui ne la tente pas.
Surtout, le Discours réduit la défense à son geste minimal, et c’est là son invention propre. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » : l’impératif ne demande ni armes ni assaut, il demande une résolution. Le texte a soin de préciser qu’il ne s’agit pas de pousser ni d’ébranler le colosse, seulement de cesser de le soutenir. Cette économie s’explique par la démystification opérée juste avant : « Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps », et « il est de soi-même défait ». Rien, dans le tyran, n’exige un combat, puisque rien, dans le tyran, n’a de force propre. La leçon de défense tient donc en une phrase, et c’est sous cette forme que l'œuvre a été lue, reprise et citée par tous les théoriciens ultérieurs de la désobéissance.
Cette leçon si simple se heurte pourtant à une objection que le texte lui-même formule : si la liberté se reprenait par une seule résolution, il y a longtemps qu’elle serait reprise. Que la formule n’ait jamais suffi oblige à chercher ailleurs ce qui, dans les hommes, l’empêche d’opérer.
II. Mais l'œuvre montre que tout se joue avant, dans l’entretien de la liberté
Le deuxième mouvement renverse la perspective en nommant la cause : « la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ». La coutume n’est pas un ennemi que l’on repousse, c’est une manière d’être qui s’installe sans qu’on l’aperçoive, de génération en génération. Contre elle, la défense n’a aucune prise, car il n’y a pas d’assaut à repousser : la liberté n’est pas prise, elle est oubliée. L’exemple de Syracuse le dit avec une exactitude cruelle : le sujet accoutumé sert si volontiers « qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude ». Le renversement est total, puisque la victime tient sa condition pour un avantage. Aucun appel aux armes ne peut atteindre un homme qui croit avoir gagné ce qu’il a perdu.
Le paradoxe le plus fort du Discours confirme ce déplacement : « la seule liberté, les hommes ne la désirent point », et cela, ajoute La Boétie, pour la seule raison qu’il suffirait de la désirer pour l’avoir. Un bien si facile cesse d’être convoité. Or ce que l’on ne désire pas, on ne le défend pas ; la défense suppose donc un désir, et le désir suppose un entretien. C’est pourquoi le texte fait entrer en scène les moyens par lesquels le pouvoir entretient, lui, l’oubli : « Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » sont décrits comme des appâts, des instruments délibérés de diversion. La tyrannie ne se contente pas de régner, elle cultive ; elle a compris avant tout le monde qu’un régime se maintient par une éducation.
À cette contre-éducation, La Boétie oppose deux modèles positifs, qui sont les seuls véritables enseignements pratiques du livre. Venise d’abord, dont les citoyens sont « ainsi nés et nourris » qu’ils ne connaissent pas d’autre ambition que de veiller au bien commun : la liberté y tient par la naissance, l’habitude et les institutions, c’est-à-dire par tout ce qui s’entretient. Le savoir ensuite : si le Grand Turc se défie des savants, c’est que « les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens », et le pouvoir sait mieux que les peuples où se trouve le danger. On retiendra la leçon paradoxale : le tyran est un excellent pédagogue, et c’est en observant ce qu’il craint que l’on apprend ce qu’il faut cultiver.
L’entretien paraît ainsi premier, et la défense seconde. Mais cette hiérarchie resterait extérieure à l'œuvre si le troisième mouvement ne montrait pas que les deux gestes se confondent dans une même conduite quotidienne.
III. Défendre et entretenir : un seul geste, répété chaque jour
Le troisième mouvement livre le secret de la tyrannie, et ce secret abolit la distinction. « Ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran », écrit La Boétie, mais toujours quatre ou cinq hommes qui l’entourent et qui en font leur affaire ; et ces quatre ou cinq en tiennent six cents, qui en tiennent six mille. « Le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » : chacun est à la fois tenu et tenant. Dans une telle architecture, il n’y a pas de front, donc pas de bataille à livrer ; mais il n’y a pas non plus de moment de paix, puisque la structure se reconstruit chaque jour par les gestes de tous. Défendre la liberté, c’est ici cesser de servir de coin pour fendre le bois de son voisin, et cette abstention est une pratique continue, non un coup d’éclat.
Ce que le Discours enseigne à entretenir, c’est donc la seule chose qui, retirée, fasse tomber l’édifice : un rapport aux autres. L'œuvre le formule positivement par l’argument de la nature, qui « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule », et qui « ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns ». Elle le formule négativement par le tableau de la cour, où « il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice », et où les favoris passent leur vie à « avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes ». Entre l’unité voulue par la nature et la méfiance générale entretenue par le tyran, il n’y a pas seulement une différence morale : il y a deux organisations politiques concurrentes, et chacun, par sa conduite ordinaire, entretient l’une ou l’autre.
On comprend alors pourquoi l’apostrophe du premier mouvement est si violente : « Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien », puis, plus durement encore, « recéleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue ». Le lecteur n’est pas invité à prendre les armes contre un ennemi extérieur : il est mis en demeure de reconnaître qu’il participe. Cette prise à partie est à la fois une leçon de défense, puisqu’elle désigne le geste à accomplir, et une leçon d’entretien, puisque le geste doit être recommencé indéfiniment. La honte, ici, est pédagogique : elle réveille un désir éteint, et rend à nouveau désirable un bien que l’habitude avait rendu invisible. C’est en cela que le Discours enseigne, au sens fort : il ne transmet pas un savoir, il refait un vouloir.
Il reste à mesurer ce que cette réponse engage pour la lecture de l'œuvre, et pour l’usage que nous pouvons en faire.
Conclusion
Le Discours a bien la forme d’une leçon de défense : il oppose une autorité à une autre, il exalte les hommes libres de l’histoire et il ramène l’action à une résolution unique. Mais sa thèse centrale, qui fait de la coutume la première raison de la servitude, déplace nécessairement l’enseignement vers l’entretien : on ne défend pas un bien que l’on ne désire plus, et le désir s’entretient par des mœurs, une éducation et des livres.
L'œuvre enseigne donc moins à défendre la liberté qu’à ne jamais cesser de l’entretenir, et cela pour une raison qui lui est propre : dans un système où chacun tient son voisin, la défense n’est pas un moment mais une conduite. Se résoudre à ne plus servir n’est pas un assaut, c’est une habitude nouvelle substituée à une habitude ancienne, et c’est pourquoi les deux verbes du parcours désignent, chez La Boétie, un seul et même acte, accompli chaque jour ou jamais.
Reste une question que le Discours pose sans la résoudre : une liberté que l’on n’a jamais eu à défendre peut-elle encore être entretenue, ou faut-il, pour en garder le goût, se souvenir qu’elle a coûté quelque chose à quelqu’un ?
| Ce qui est évalué | Points |
|---|---|
| Compréhension du sujet : les deux verbes sont définis et distingués, la tension est posée et tenue jusqu’au bout | 4 pts |
| Connaissance de l'œuvre : citations exactes, situées dans les trois mouvements, réparties sur tout le Discours | 5 pts |
| Construction : trois parties qui se répondent, transitions rédigées, progression réelle et non juxtaposition | 4 pts |
| Parcours associé et culture personnelle : le parcours est exploité comme un angle, les lectures extérieures sont pertinentes | 3 pts |
| Expression : langue correcte, vocabulaire d’analyse littéraire maîtrisé, présentation soignée | 4 pts |
Ce que le correcteur valorise — Une copie moyenne récite les deux verbes du parcours en les illustrant tour à tour, et s’arrête à l’opposition entre les armes et l’éducation. Cette copie-ci gagne ses points parce qu’elle fait de la coutume l’argument qui rend la distinction caduque, et parce qu’elle tire du troisième mouvement, souvent négligé, la preuve que défendre et entretenir se confondent dans une conduite quotidienne.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
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