La coutume désigne l’habitude devenue seconde nature, transmise sans être choisie ; expliquer, c’est donner la cause suffisante d’un phénomène. Le sujet interroge donc la solidité d’une explication que La Boétie donne pourtant lui-même comme première, et non comme unique.
L’habitude rend-elle compte à elle seule d’un consentement que la nature dément et que le tyran, pourtant, travaille activement à produire ?
Le plan en trois parties
La coutume est bien présentée comme la cause première
- La Boétie donne à la coutume le rang de raison première, c’est-à-dire de cause qui précède toutes les autres dans l’ordre de l’explication.« la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume » (deuxième mouvement)
- L’exemple syracusain en montre l’effet limite : l’accoutumé ne se vit plus comme privé, il se croit pourvu.le sujet « a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude » (deuxième mouvement)
- L’absence de désir de liberté s’explique par l’habitude, qui retire au bien le plus accessible tout attrait.« la seule liberté, les hommes ne la désirent point » (premier mouvement)
Mais la nature la contredit, ce qui interdit d’en faire une cause suffisante
- Le mot de malencontre trahit l’insuffisance de l’explication coutumière : il faut un accident originaire, antérieur à l’habitude qui l’a ensuite fixé.« quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme » (deuxième mouvement)
- La liberté est présentée comme un donné natif, ce qui rend l’oubli d’autant plus énigmatique qu’il porte sur un caractère propre.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- La prosopopée des bêtes oppose à l’habitude un instinct que nul dressage n’éteint tout à fait, et qui accuse l’exception humaine.les bêtes « crient : Vive liberté ! » (deuxième mouvement)
La coutume n’agit qu’entretenue par les ruses actives du pouvoir
- La typologie des tyrans montre que chaque mode d’accès au pouvoir travaille ensuite à se faire oublier, donc à produire la coutume.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
- Les divertissements publics sont des instruments délibérés : l’habitude n’est pas un effet du temps, mais une politique.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
- La surveillance des livres prouve que le pouvoir sait ce qui défait la coutume, et l’empêche : l’habitude se protège par la censure.« les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens […] » (deuxième mouvement)
Faut-il davantage se défier des habitudes que l’on tient de ses pères, ou des plaisirs que le pouvoir nous offre aujourd’hui ?