L’indignation est un mouvement de l’affectivité morale qui s’exprime par l’exclamation, la démonstration une chaîne de raisons qui conduit à une conclusion nécessaire. Le sujet suppose une opposition entre pathos et logos que la rhétorique humaniste, elle, ne connaît pas.
L’énergie affective du Discours est-elle un ornement ajouté à la preuve, ou la forme même que prend la preuve lorsqu’elle porte sur une absurdité ?
Le plan en trois parties
Une œuvre d’indignation : le texte s’écrit à l’exclamation
- Les antithèses accumulées du grand mouvement exclamatif traduisent une stupeur morale plus qu’elles n’exposent une thèse.« non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés » (premier mouvement)
- L’aveu d’impuissance du langage devant le vice est le signe même de l’indignation : le scandale excède les mots disponibles.« quel monstre de vice est ceci qui ne mérite pas encore le titre de couardise » (premier mouvement)
- L’apostrophe brise la distance de l’exposé et prend le lecteur à partie, technique d’orateur indigné plus que de logicien.« Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » (premier mouvement)
Une œuvre de démonstration : le texte enquête, classe et conclut
- L'œuvre s’ouvre sur une question de méthode, énoncée comme un problème à résoudre, et non sur une plainte.« comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes » souffrent un seul tyran (premier mouvement)
- La typologie des tyrans est un instrument d’analyse politique qui vaut pour tous les régimes, et qui prouve l’ambition théorique du texte.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
- La découverte du ressort réel du pouvoir a la forme d’un résultat d’enquête, annoncé comme contre-intuitif et pourtant vérifiable.« ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais « quatre ou cinq » (troisième mouvement)
Une démonstration qui ne peut aboutir que si elle indigne
- La citation d’Homère en ouverture donne le ton d’un texte qui prouve en citant : l’autorité poétique y fait office de prémisse.« Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », vers d’Homère cités dans l’exorde (premier mouvement)
- L’image de l’asservissement mutuel est à la fois une figure saisissante et le cœur logique de la démonstration : elle explique ce qu’elle fait voir.« le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (troisième mouvement)
- Les vers sur les bœufs et les oiseaux introduisent la poésie dans la preuve : le lecteur est convaincu par une plainte qu’il reconnaît.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
Une preuve qui laisserait le lecteur froid aurait-elle prouvé quelque chose, s’agissant d’un mal dont la cause est le consentement du lecteur lui-même ?