L’éloquence est l’art de persuader par la parole publique, et une arme ce qui permet d’attaquer ou de se défendre. Le sujet invite à mesurer ce que peut la parole contre un pouvoir, mais aussi à se souvenir que le tyran, lui aussi, parle et met en scène.
La parole libre est-elle l’arme décisive contre la tyrannie, ou n’est-elle efficace qu’adossée à un savoir et à des mœurs qui la précèdent ?
Le plan en trois parties
L’éloquence est bien l’arme que le Discours emploie et exhibe
- L’apostrophe déploie toute la panoplie de l’orateur antique, vocatifs, rythme ternaire, antithèses, pour agir sur un auditoire supposé présent.« Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » (premier mouvement)
- L’impératif final montre une parole qui prétend produire son effet dans l’instant même où elle est reçue.« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » (clausule du premier mouvement)
- L’exorde emprunté à Homère revendique une filiation rhétorique : la liberté se discute depuis toujours devant une assemblée.« Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », vers d’Homère cités dans l’exorde (premier mouvement)
Mais le tyran dispose d’une éloquence concurrente, et souvent plus forte
- Les spectacles publics sont une rhétorique sans mots, qui persuade les corps avant les esprits et rend la parole libre inaudible.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
- Chacune des trois voies d’accès au pouvoir s’accompagne d’un discours de légitimation, que le tyran entretient soigneusement.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
- Le rabaissement satirique du tyran est lui-même une contre-éloquence : il faut défaire une image par une autre image.« un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation » (premier mouvement)
L’arme décisive est moins la parole que le savoir et l’exemple qui la nourrissent
- La crainte du Grand Turc désigne le livre, et non le discours, comme l’ennemi le plus sûr de la tyrannie.« les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens […] » (deuxième mouvement)
- Venise prouve que des mœurs libres se transmettent par l’éducation plus que par les harangues : on naît et l’on est nourri dans la liberté.les Vénitiens, « ainsi nés et nourris » dans la liberté (deuxième mouvement)
- La réponse spartiate est brève, presque sans art : c’est l’expérience vécue de la liberté qui donne à ces mots leur poids.Sperthias et Boulis à Indarne : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (deuxième mouvement)
Une parole libre suffit-elle à défendre la liberté dans une société qui offre à chacun plus de spectacles qu’elle ne lui donne de livres ?