La nature désigne ici à la fois l’ordre voulu par le créateur et la disposition native de l’homme ; un argument est meilleur qu’un autre s’il emporte l’adhésion et résiste aux objections. Le sujet demande donc de hiérarchiser les preuves du Discours, non de les énumérer.
L’appel à la nature, s’il fonde le droit de tous à la liberté, ne s’expose-t-il pas à l’objection même que l'œuvre lui adresse, à savoir que l’homme a pu s’en détacher ?
Le plan en trois parties
L’argument naturel est le socle du Discours
- L’égalité de forme prouve une destination commune : si la nature nous a faits semblables, elle ne nous a pas destinés à l’inégalité politique.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- La clausule pousse l’argument jusqu’à la fusion : la nature veut moins une alliance de semblables qu’une seule humanité.« elle ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns » (deuxième mouvement)
- Les vers insérés donnent à cet ordre naturel une preuve sensible : la plainte du vivant entravé est immédiatement reconnaissable.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
Mais c’est aussi le plus fragile, car les faits le démentent
- Faire parler les bêtes est une fiction rhétorique, et l’adversaire peut refuser d’y voir une preuve du droit naturel.les bêtes « crient : Vive liberté ! » (deuxième mouvement)
- L’aveu d’un malencontre reconnaît que la nature a été vaincue une fois, ce qui affaiblit l’argument au moment où il triomphe.« quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme » (deuxième mouvement)
- Le constat que les hommes ne désirent pas la liberté contredit frontalement l’idée d’un penchant naturel irrésistible.« la seule liberté, les hommes ne la désirent point » (premier mouvement)
L’histoire et l’éducation prennent donc le relais de la nature
- Les guerres médiques fournissent une preuve de fait là où la nature ne fournissait qu’un droit : des hommes ont réellement vaincu la domination.« la victoire de la liberté sur la domination » (premier mouvement)
- Venise montre que la liberté tient par des institutions et une éducation, c’est-à-dire par une seconde nature substituée à la coutume servile.les Vénitiens, « ainsi nés et nourris » dans la liberté (deuxième mouvement)
- Le savoir répare ce que la nature seule ne garantit plus : les livres rendent aux hommes le jugement que l’habitude leur a ôté.« les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens […] » (deuxième mouvement)
Invoquer la nature pour fonder un droit politique, est-ce lui donner un socle inébranlable ou lui ôter la charge de se justifier devant les hommes ?