Instruire, c’est transmettre un savoir à un esprit disponible ; faire honte, c’est provoquer chez l’autre un sentiment pénible de soi qui l’oblige à changer. Le sujet oppose deux régimes de l’écriture d’idées, l’un scolaire, l’autre moral et polémique.
La honte que le Discours veut produire est-elle un moyen de l’instruction ou son substitut, lorsque le savoir seul ne suffit pas à remuer les conduites ?
Le plan en trois parties
Une entreprise d’instruction en règle
- L'œuvre pose une question d’école, au sens noble, et entend y répondre par l’analyse : c’est un exercice de raison publique.« comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes » souffrent un seul tyran (premier mouvement)
- La classification des trois sortes de tyrans donne au lecteur un outil réutilisable, marque d’un texte qui veut former un jugement.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
- Le recours initial à Homère inscrit le propos dans la culture humaniste et fait de la lecture un apprentissage partagé.« Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », vers d’Homère cités dans l’exorde (premier mouvement)
Mais le texte vise surtout à faire honte
- Les antithèses accusent une déchéance : le lecteur découvre qu’il n’est pas gouverné mais possédé, et le mot le blesse.« non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés » (premier mouvement)
- Le vice sans nom place la servitude sous le régime de l’infamie : il ne s’agit plus d’une erreur intellectuelle mais d’un déshonneur.« quel monstre de vice est ceci qui ne mérite pas encore le titre de couardise » (premier mouvement)
- L’apostrophe insultante est une technique de confrontation : elle ne renseigne pas, elle humilie pour réveiller.« Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » (premier mouvement)
La honte n’agit que comparée : elle passe par des exemples qui instruisent
- Les Grecs des guerres médiques servent de miroir glorieux, et c’est la comparaison qui produit la honte, non l’insulte seule.« la victoire de la liberté sur la domination » (premier mouvement)
- La réponse spartiate humilie le lecteur en lui montrant des hommes qui savent ce qu’il ignore : la saveur de la liberté.Sperthias et Boulis à Indarne : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (deuxième mouvement)
- La révélation du petit nombre qui soutient le tyran donne à la honte son objet exact : chacun mesure la dérisoire cause de sa sujétion.« ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais « quatre ou cinq » (troisième mouvement)
Un texte qui humilie son lecteur peut-il compter sur lui pour agir, ou risque-t-il d’obtenir le repli plutôt que le sursaut ?