Un homme est un individu de chair, limité et mortel ; une fiction est une construction de l’imagination collective, qui n’existe que tant qu’on y croit. La tension du sujet est que l'œuvre rabaisse le tyran à sa condition d’homme pour mieux montrer que sa puissance, elle, est une fiction.
Si le tyran n’est qu’un homme ordinaire, d’où vient la puissance qu’on lui prête, et faut-il chercher son corps réel du côté de ceux qui le servent ?
Le plan en trois parties
Un homme, et même un homme diminué
- Le diminutif satirique enlève au tyran toute stature héroïque et le rend comparable au plus médiocre de ses sujets.« un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation » (premier mouvement)
- L’inventaire anatomique le ramène à un corps banal : il n’a rien de plus que le moindre homme, et c’est là toute la démonstration.« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » (premier mouvement)
- Sa chute sans combat achève la démystification : ce qui tombe de soi-même n’avait aucune consistance propre.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
Une fiction, pourtant, soigneusement entretenue
- La typologie montre que chaque tyran doit se fabriquer un titre, élection, conquête ou hérédité : la légitimité est une construction.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
- Les spectacles publics sont les décors de cette fiction : le pouvoir se donne à voir pour se faire croire.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
- La vie des courtisans révèle l’envers du décor : ceux qui approchent le tyran savent qu’il n’y a là qu’un rôle, et ils tremblent d’autant plus.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
Son corps véritable est collectif : il est fait de ceux qui le servent
- La découverte du troisième mouvement déplace la question : le tyran n’est ni un homme ni une image, mais un petit groupe intéressé.« ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais « quatre ou cinq » (troisième mouvement)
- La pyramide fait des sujets les organes du pouvoir qui les écrase : le tyran a autant de mains qu’il a de complices.« le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (troisième mouvement)
- L’impossibilité de l’amitié dans cet entourage montre que ce corps collectif n’est pas une communauté, mais un agrégat de calculs.« Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice » (troisième mouvement)
Quand un pouvoir personnel s’effondre, est-ce l’homme qui tombe, ou la croyance collective qui le soutenait ?