L’amitié, au sens humaniste, n’est pas une affection privée mais un lien fondé sur la vertu et l’égalité, qui a une portée politique. Le sujet demande si un texte consacré à la servitude peut être lu comme la défense de son contraire, le lien libre entre égaux.
Le Discours se contente-t-il de constater que la tyrannie détruit l’amitié, ou fait-il de l’amitié le principe positif qui permet d’entretenir la liberté ?
Le plan en trois parties
La tyrannie est décrite comme le lieu où l’amitié est impossible
- La Boétie énonce une incompatibilité de principe entre amitié et tyrannie, fondée sur les trois vices qui règnent autour du tyran.« Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice » (troisième mouvement)
- La condition du favori en est la preuve vécue : celui qui vit le plus près du pouvoir est celui qui vit le plus dans la peur.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
- La pyramide remplace le lien horizontal par une chaîne verticale : chacun tient l’autre au lieu de se lier à lui.« le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (troisième mouvement)
L’amitié possède, dans l'œuvre, un fondement naturel explicite
- L’égalité de forme est donnée comme la raison pour laquelle les hommes doivent se reconnaître : l’amitié est inscrite dans la nature.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- La clausule de l’argument naturel fait de l’unité, et non de la simple alliance, la fin voulue par la nature : c’est une définition de l’amitié.« elle ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns » (deuxième mouvement)
- À l’inverse, le lexique de la complicité désigne l’anti-amitié : une solidarité dans le crime, qui lie sans unir.« recéleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue » (premier mouvement)
L’amitié est la forme politique qui permet d’entretenir la liberté
- Venise donne à voir une cité où l’ambition de chacun se convertit en soin du bien commun : c’est l’amitié devenue institution.les Vénitiens, « ainsi nés et nourris » dans la liberté (deuxième mouvement)
- Les deux Spartiates agissent ensemble et parlent d’une seule voix : leur réponse au satrape est celle d’un lien plus fort que l’intérêt.Sperthias et Boulis à Indarne : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (deuxième mouvement)
- La victoire des Grecs est celle d’hommes liés par une cause commune contre une multitude tenue par la crainte.« la victoire de la liberté sur la domination » (premier mouvement)
Faut-il tenir l’amitié pour un sentiment privé, ou pour la première des institutions par lesquelles un peuple entretient sa liberté ?