Le savoir désigne ici la doctrine transmise par les livres et l’étude, et rendre libre signifie à la fois affranchir un esprit et modifier une condition politique. Le sujet confronte une conviction humaniste à l’analyse la plus pessimiste du Discours, celle de la coutume.
L’instruction suffit-elle à défaire une servitude installée dans les mœurs, ou n’agit-elle qu’accompagnée d’une éducation des conduites ?
Le plan en trois parties
Le savoir est bien présenté comme l’ennemi du tyran
- Le Grand Turc juge les savants dangereux, ce qui est la meilleure preuve, par l’ennemi lui-même, du pouvoir libérateur des livres.« les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens […] » (deuxième mouvement)
- Les divertissements sont le contre-savoir du pouvoir : on détourne l’esprit parce qu’on redoute qu’il s’instruise.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
- Savoir distinguer les trois origines du pouvoir, c’est déjà refuser à chacune l’évidence qu’elle réclame.« Il y a trois sortes de tyrans » : élection, armes, succession (deuxième mouvement)
Mais le savoir ne suffit pas contre l’habitude
- La coutume agit en amont de tout savoir, puisqu’elle forme le regard avec lequel on lira les livres.« la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume » (deuxième mouvement)
- L’absence de désir résiste à la démonstration : on peut savoir que la liberté est un bien sans la vouloir.« la seule liberté, les hommes ne la désirent point » (premier mouvement)
- La plainte des bœufs et des oiseaux rappelle qu’il existe un savoir du corps, antérieur aux livres, et que la servitude étouffe aussi.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
C’est donc l’éducation, et non le seul savoir, qui entretient la liberté
- Venise éduque des citoyens par des institutions et des mœurs, et non par la seule transmission de connaissances.les Vénitiens, « ainsi nés et nourris » dans la liberté (deuxième mouvement)
- L’argument du même moule est un savoir qui engage une conduite : il ne se comprend qu’en se pratiquant dans le rapport à autrui.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- Nommer la servitude un vice sans nom, c’est enseigner une honte, et cette honte fait plus qu’un savoir pour déplacer les conduites.« quel monstre de vice est ceci qui ne mérite pas encore le titre de couardise » (premier mouvement)
Une société très instruite est-elle nécessairement une société libre, ou le savoir peut-il devenir un divertissement de plus ?