Espérer, c’est tenir un bien pour possible et attendre sa venue ; le sujet porte donc sur l’effet que l'œuvre produit, et non sur ses seules thèses. La tension tient à ce que le tableau est accablant alors que le remède est présenté comme immédiatement disponible.
Le Discours est-il un constat désespérant sur les hommes, ou la noirceur du tableau n’est-elle pas la condition pour que le remède paraisse enfin à portée ?
Le plan en trois parties
Le tableau est accablant
- L’immensité du nombre asservi donne le sentiment d’un mal universel, que rien dans l’histoire ne semble avoir entamé.« voir un million de millions d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug » (premier mouvement)
- La dépossession décrite est sans reste : ce n’est pas une condition dure, c’est une existence sans rien à soi.« non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés » (premier mouvement)
- L’impossibilité de nommer le vice signale un mal qui excède les ressources morales dont on disposait pour le penser.« quel monstre de vice est ceci qui ne mérite pas encore le titre de couardise » (premier mouvement)
Le remède est pourtant à portée de main
- Le tyran ne demande pas à être vaincu, mais seulement à ne plus être soutenu : l’obstacle est inexistant.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
- La formule finale promet un effet instantané, sans délai ni sacrifice : la liberté est donnée dans la décision même.« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » (clausule du premier mouvement)
- La comparaison des corps rend la disproportion visible et donc l’espérance raisonnable : rien d’invincible ne nous fait face.« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » (premier mouvement)
L’espoir se fonde sur la nature et sur quelques hommes
- L’égalité native garantit que la liberté n’est pas un privilège de quelques-uns, mais un bien que chacun porte en lui.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- Le cri prêté aux bêtes rappelle qu’aucune contrainte n’éteint complètement l’appel du vivant vers la liberté.les bêtes « crient : Vive liberté ! » (deuxième mouvement)
- L’exemple spartiate prouve que des hommes ont réellement préféré la mort à la faveur : l’espérance a des précédents.Sperthias et Boulis à Indarne : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (deuxième mouvement)
Une œuvre politique doit-elle consoler ses lecteurs, ou leur suffit-il d’apprendre que le mal qu’ils subissent dépend d’eux ?