La tyrannie désigne un régime précis, celui d’un pouvoir exercé sans droit et sans limite ; la domination nomme tout rapport durable où une volonté s’impose à une autre. Le sujet mesure l’extension de la critique laboétienne, politique ou anthropologique.
Le Discours vise-t-il un type de gouvernement, ou la relation de domination elle-même, jusque dans la part de nous qui l’accepte ?
Le plan en trois parties
Une critique de la tyrannie, nommée et circonscrite
- Le tyran est une figure précise, un individu qui exerce seul un pouvoir sans titre : la satire vise un homme, non une structure.« un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation » (premier mouvement)
- Le constat porte sur des peuples soumis à un maître unique, situation politique déterminée et non condition humaine générale.« voir un million de millions d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug » (premier mouvement)
- La distinction entre être gouverné et être tyrannisé réserve explicitement la possibilité d’un pouvoir légitime.« non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés » (premier mouvement)
Mais le vocabulaire engage la domination comme telle
- Opposer liberté et domination, et non peuple grec et peuple perse, élève le conflit au rang d’une opposition de principes.« la victoire de la liberté sur la domination » (premier mouvement)
- Parler de dénaturation, c’est faire de la domination une atteinte à l’espèce, et non le défaut d’un régime particulier.« quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme » (deuxième mouvement)
- L’égalité de tous, tirée d’un même moule, interdit par avance toute relation durable de supériorité entre les hommes.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
La domination est d’abord intérieure, ce qui élargit encore la critique
- La plainte des animaux entravés montre que la domination se mesure à ce qu’elle fait subir au vivant, en toute situation.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
- Le courtisan comblé et terrifié prouve qu’on peut dominer sans contraindre, par la seule dépendance consentie.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
- L’inventaire du corps ordinaire du maître déplace la domination dans le regard de celui qui la subit : elle est d’abord une croyance.« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » (premier mouvement)
Combattre une domination suppose-t-il d’abord de la reconnaître là où elle ne prend pas la forme d’un pouvoir politique ?