La révolte est une action offensive qui renverse un pouvoir, le retrait une soustraction qui lui refuse ce dont il vit. Le sujet met en jeu la portée politique de l'œuvre, longtemps lue comme un manifeste et souvent citée par les théoriciens de la désobéissance civile.
L'œuvre prêche-t-elle le soulèvement, ou fonde-t-elle une forme de résistance sans violence qui consiste à cesser de soutenir ce que l’on subit ?
Le plan en trois parties
Le texte a les accents d’un appel à la révolte
- L’impératif adressé à la collectivité a la forme d’un mot d’ordre, et l'œuvre a d’ailleurs été reçue comme tel par les pamphlétaires protestants.« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » (clausule du premier mouvement)
- L’apostrophe violente du peuple est une harangue de soulèvement, qui vise à produire la colère.« Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » (premier mouvement)
- La comparaison des forces suggère que le rapport est écrasant en faveur du grand nombre, donc qu’un affrontement serait gagné d’avance.« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » (premier mouvement)
Mais l'œuvre écarte explicitement l’assaut au profit du retrait
- Le tyran tombe sans être combattu : l’action recommandée est une soustraction, non une attaque.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
- Puisque c’est le peuple qui se donne, il lui suffit de ne plus se donner : le remède est de même nature que le mal.« c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge » (premier mouvement)
- L’immense nombre des serviteurs rend d’ailleurs le retrait plus efficace que l’affrontement : il suffirait qu’ils s’arrêtent.« voir un million de millions d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug » (premier mouvement)
Ce retrait est une action politique, et non une fuite
- Retirer son soutien vise exactement le ressort du pouvoir, ce petit nombre sans lequel rien ne tient.« ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran » mais « quatre ou cinq » (troisième mouvement)
- Puisque chacun tient son voisin, le retrait individuel libère aussitôt un autre : la soustraction se propage.« le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (troisième mouvement)
- Sortir du système, c’est aussi quitter une société sans amitié pour en rejoindre une autre : le retrait a un contenu positif.« Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice » (troisième mouvement)
Une désobéissance sans violence peut-elle encore être efficace face à un pouvoir qui n’a plus besoin de notre présence pour fonctionner ?