Le désir est le mouvement qui porte vers un bien que l’on se représente comme absent ; un ressort est ce qui déclenche et entretient l’action. Le sujet part d’un paradoxe du texte : les hommes ne désirent pas la liberté, alors même qu’ils en sont privés.
La liberté se perd-elle faute d’être désirée, et le travail du tyran ne consiste-t-il pas d’abord à détourner le désir vers d’autres objets ?
Le plan en trois parties
La liberté n’est pas désirée, et c’est là le scandale
- Le paradoxe est explicite : ce bien-là, seul entre tous, n’est pas voulu, alors qu’il suffirait de le vouloir pour l’avoir.« la seule liberté, les hommes ne la désirent point » (premier mouvement)
- La coutume explique cette extinction du désir : on ne convoite pas ce qu’on n’a jamais connu ni vu convoiter.« la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume » (deuxième mouvement)
- L’inversion syracusaine achève le tableau : le désir s’est retourné, et porte désormais sur la servitude elle-même.le sujet « a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude » (deuxième mouvement)
Pourtant la nature entretient en tout vivant un désir de liberté
- La prosopopée prête aux bêtes un cri qui est la forme la plus brute du désir : la liberté est voulue avant d’être pensée.les bêtes « crient : Vive liberté ! » (deuxième mouvement)
- Les vers sur le joug et la cage montrent que ce désir survit à la contrainte sous forme de plainte.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
- L’unité voulue par la nature donne au désir de liberté un objet commun : je ne peux la vouloir pour moi seul.« elle ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns » (deuxième mouvement)
Le tyran règne en captant le désir, non en le supprimant
- Les spectacles ne suppriment pas le désir, ils lui offrent des objets de remplacement, immédiats et sans risque.« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs » (deuxième mouvement)
- La cour est le lieu où le désir de faveur remplace le désir de liberté, et où l’on paye ce troc par une peur continue.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
- La chute du tyran par simple retrait prouve que tout tient à l’orientation du désir, non à un rapport de forces.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
Un pouvoir qui comble nos désirs est-il moins dangereux, pour la liberté, qu’un pouvoir qui les contrarie ?