L’humanisme désigne le mouvement du XVIe siècle qui fait des lettres anciennes et de la confiance dans l’homme le fondement de la formation et du jugement. Le sujet demande si un texte si sombre sur les hommes peut encore relever de cette confiance.
Le pessimisme du Discours sur la conduite des hommes ruine-t-il l’optimisme humaniste, ou en constitue-t-il au contraire la forme la plus exigeante ?
Le plan en trois parties
Par sa culture et sa méthode, l'œuvre est pleinement humaniste
- L’ouverture par Homère place le propos sous l’autorité des Anciens, selon la pratique même des humanistes.« Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », vers d’Homère cités dans l’exorde (premier mouvement)
- L’histoire grecque est mobilisée comme une école de liberté, conformément à l’idée que les Anciens enseignent le présent.« la victoire de la liberté sur la domination » (premier mouvement)
- L’anecdote spartiate montre l’usage humaniste du mot mémorable, conservé et commenté pour former le jugement.Sperthias et Boulis à Indarne : « de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (deuxième mouvement)
Par sa confiance dans la nature humaine, elle l’est plus encore
- L’égalité native fonde une dignité commune : c’est la thèse humaniste par excellence, avant d’être une thèse politique.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- L’unité voulue par la nature donne à cette dignité une conséquence sociale : les hommes sont faits pour la communauté, non pour la domination.« elle ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns » (deuxième mouvement)
- Parler de dénaturation, c’est affirmer qu’il existe une nature bonne à retrouver : le mal est accidentel, non originel.« quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme » (deuxième mouvement)
Un humanisme inquiet, qui fait du savoir une question politique
- La crainte du tyran pour les livres donne à l’idéal humaniste des lettres une fonction de résistance, et non d’ornement.« les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens […] » (deuxième mouvement)
- Venise montre que la formation des citoyens est l’affaire de la cité entière : l’éducation humaniste devient institution.les Vénitiens, « ainsi nés et nourris » dans la liberté (deuxième mouvement)
- Le tableau des courtisans tempère pourtant l’optimisme : les hommes les plus policés sont aussi les plus perdus.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
L’humanisme est-il une confiance dans l’homme tel qu’il est, ou une exigence adressée à l’homme tel qu’il pourrait redevenir ?