Un bien naturel est donné avec l’existence et ne se mérite pas, une conquête s’obtient par un effort et peut se perdre. Le sujet articule les deux versants du parcours, puisqu’on ne défend pas de la même façon un héritage et un acquis.
Si la liberté nous est donnée par la nature, pourquoi faut-il la conquérir, et cette reconquête n’est-elle pas d’abord le retour à ce que nous étions ?
Le plan en trois parties
Un bien naturel, antérieur à toute institution
- L’égalité de forme prouve une égalité de condition : la liberté n’est pas accordée, elle est constitutive.la nature « nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule » (deuxième mouvement)
- La volonté d’unité de la nature fait de la liberté de chacun la condition du lien commun, et non son obstacle.« elle ne voulait pas tant nous faire tous unis que tous uns » (deuxième mouvement)
- La prosopopée des bêtes montre que cette liberté n’est même pas propre à l’homme : elle est un caractère du vivant.les bêtes « crient : Vive liberté ! » (deuxième mouvement)
Un bien pourtant perdu, ce qui oblige à le reconquérir
- Le malencontre acte une perte réelle : l’homme a été dénaturé, et ce qui est naturel ne se retrouve plus naturellement.« quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme » (deuxième mouvement)
- Les vers sur le joug et la cage disent une liberté devenue plainte : elle ne subsiste plus que comme manque.« Même les bœufs sous le poids du joug geignent, / Et les oiseaux dans la cage se plaignent » (deuxième mouvement)
- L’absence de désir prouve que le don naturel ne suffit pas : il faut vouloir un bien pour le posséder réellement.« la seule liberté, les hommes ne la désirent point » (premier mouvement)
Une conquête collective, qui est aussi un retour
- La liberté ne se reprend pas seul, car l’amitié entre égaux est la forme même de la vie libre que la tyrannie a détruite.« Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice » (troisième mouvement)
- Cesser d’être complice est le geste de conquête à la portée de tous : il rend à chacun ce qu’il avait cédé.« recéleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue » (premier mouvement)
- La résolution finale n’invente rien : elle restitue un état, ce qui fait de la conquête une restauration.« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » (clausule du premier mouvement)
Une liberté que l’on n’a jamais eu à conquérir est-elle vraiment tenue pour un bien par ceux qui en héritent ?