Est politique ce qui concerne l’organisation de la cité, la légitimité du pouvoir et les moyens d’y agir ; est moral ce qui concerne la conduite et le caractère des individus. Le sujet demande où placer un texte qui parle de vice et de honte pour expliquer un fait de gouvernement.
Le Discours propose-t-il une analyse du pouvoir, un examen moral des conduites, ou montre-t-il que la politique se joue précisément dans les conduites ordinaires ?
Le plan en trois parties
Une question politique, posée dans les termes de la cité
- L’objet du texte est la sujétion de communautés politiques entières, villes et nations, et non le destin d’individus.« comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes » souffrent un seul tyran (premier mouvement)
- L’échelle du constat est celle des empires : c’est un fait de gouvernement, mesuré en multitudes.« voir un million de millions d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug » (premier mouvement)
- Faire du peuple l’auteur de sa sujétion, c’est énoncer une thèse sur le fondement du pouvoir, donc une thèse politique.« c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge » (premier mouvement)
Une œuvre morale, pourtant, par son vocabulaire et son but
- Le mal est qualifié de vice, terme de morale, et non d’injustice ou d’usurpation, termes de droit.« quel monstre de vice est ceci qui ne mérite pas encore le titre de couardise » (premier mouvement)
- Le portrait du courtisan est une peinture de mœurs, qui décrit une âme malade plus qu’une institution défaillante.« avoir toujours l'œil au guet, l’oreille aux écoutes », le sort des favoris (troisième mouvement)
- Le lexique de la trahison suppose des devoirs envers soi-même : la faute est d’abord un manquement moral.« recéleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue » (premier mouvement)
Une politique sans institution, qui passe par les conduites
- La discussion des vers d’Homère porte sur la légitimité du commandement, question politique traitée par les lettres.« Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi », vers d’Homère cités dans l’exorde (premier mouvement)
- Le Discours ne propose aucune constitution ni aucun régime de rechange : sa politique tient dans un rapport au maître.« un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation » (premier mouvement)
- La chute du tyran par simple retrait fait des conduites privées le véritable lieu du pouvoir : la morale devient politique.« il est de soi-même défait » (premier mouvement)
Y a-t-il une politique qui ne repose pas, en dernier ressort, sur ce que chacun accepte de faire chaque jour ?