L’infini désigne ici l’extension indéfinie des mondes et le nombre sans nombre des soleils ; l’effroi et la joie sont deux affects que le texte met explicitement en scène et oppose. Tout le Cinquième soir consiste à faire passer l’interlocutrice de l’un à l’autre.
Le vertige de l’infini est-il, chez Fontenelle, un obstacle à la science ou l’épreuve par laquelle elle se conquiert ?
Le plan en trois parties
Un effroi que le texte prend au sérieux
- La gradation ternaire de la Marquise dit l’ébranlement de tout l’être : l’infini défait l’entendement avant d’émouvoir le cœur.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
- La multiplication des soleils rend la position de l’homme infiniment petite et prive le ciel de toute limite rassurante.« une lumière, qui auroit essuyé une réflexion », Cinquième soir
- Le portrait du genre humain contemplé de loin prépare cet effroi : vu de l’immensité, l’homme n’est plus qu’une contradiction minuscule.« des passions si folles, et des réflexions si sages », Second soir
Une joie que l’œuvre construit méthodiquement
- La chute sur les abeilles fait rire là où l’on tremblait : l’infiniment petit apprivoise la démesure en la rendant familière.« mes Arabes ne sont que des abeilles », fin du Troisième soir
- L’air pensé comme eau des poissons fait de chaque monde un milieu habitable : l’immensité se peuple au lieu de rester vide.« L’eau est l’air des poissons », Troisième soir
- La feuille d’arbre habitée fait de l’infini une profusion joyeuse de vie plutôt qu’un abîme.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
L’infini apprivoisé par la parole et le système
- L’image du bourgeois qui ignore Saint-Denis ramène l’immensité à une question d’habitude : c’est notre enfermement qui est étrange, non l’univers.« Notre Saint-Denis c’est la lune », Second soir
- La théorie des tourbillons donne une structure à l’étendue : l’infini cesse d’être informe dès qu’il est organisé en systèmes.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
- L’exclamation finale de la Marquise convertit le vertige en fierté : l’univers immense tient désormais dans une tête.« j’ai dans la tête tout le système de l’univers ! Je suis savante ! », fin du Cinquième soir
Le silence effrayant des espaces infinis dont parle Pascal et l’aise revendiquée par Fontenelle décrivent-ils le même ciel ?