Le plaisir désigne ici à la fois l’agrément du cadre galant et la satisfaction intellectuelle de comprendre ; la sûreté d’un chemin se mesure au risque d’erreur qu’il fait courir. La question est donc de savoir si le charme conduit à la vérité ou s’il peut en éloigner.
Le plaisir de lire Fontenelle garantit-il la justesse de ce qu’il fait admettre ?
Le plan en trois parties
Le plaisir, moteur avoué de l’œuvre
- L’effort demandé au lecteur est celui d’un roman : Fontenelle place le plaisir de lecture à l’entrée de la connaissance.« la même application qu’il faut donner à la Princesse de Cleves », Préface
- La nature vue comme un opéra transforme la curiosité en plaisir de spectateur, puis le plaisir de spectateur en envie de voir les machines.« la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra », Premier soir
- La devinette des abeilles montre le plaisir à l’œuvre dans la structure même du raisonnement, qui ménage son effet.« mes Arabes ne sont que des abeilles », fin du Troisième soir
Un chemin qui peut égarer
- L’œuvre reconnaît que la première impression précède la raison : ce qui plaît d’emblée s’installe avant tout examen.« la raison vient trop tard », Sixième soir
- Le mot sur Vénus avertit que l’agrément tient à la distance : le plaisir esthétique du ciel repose sur une méconnaissance des astres.« ce qui rend Vénus si jolie de loin ? C’est qu’elle est fort affreuse de près », Quatrième soir
- Le rêve du voyage vers la lune est délicieux et scientifiquement indéfendable en l’état : le plaisir soutient ici une conjecture hasardeuse.« L’art de voler ne fait encore que de naître », Second soir
Un plaisir qui se retourne en exigence de vérité
- La formule sur la vérité qui persuade sans preuves lie plaisir et justesse : ce qui entre naturellement dans l’esprit est ce qui est vrai.« Il n’y a que la vérité qui persuade », fin du Second soir
- Le trouble de la Marquise devant l’infini montre que le plaisir cède parfois à l’effroi, et que Fontenelle ne sacrifie pas le vrai à l’agréable.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
- La feuille d’arbre habitée est une image charmante qui engage une thèse sérieuse sur l’échelle des vivants : le plaisir y est la forme de l’hypothèse.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
Le plaisir de comprendre diffère-t-il en nature de celui d’être charmé, ou n’en est-il que la forme la plus exigeante ?