L’illusion désigne ici la croyance spontanée que le monde est tel qu’il nous apparaît et qu’il est fait pour nous ; y renoncer, c’est soumettre la perception à la critique. Reste à savoir si l’on peut réellement s’en défaire, ou seulement apprendre à en tenir compte.
La science des Entretiens détruit-elle nos illusions ou apprend-elle seulement à vivre avec elles en les connaissant ?
Le plan en trois parties
Une œuvre qui dénonce nos illusions
- L’illusion finaliste est la première visée : croire la nature faite pour nous est une folie comparable à celle d’un homme d’Athènes.« toute la nature, sans exception, est destinée à nos usages », Premier soir
- L’illusion de la position neutre est démontée : nous jugeons de tout depuis un lieu qui déforme tout.« nous sommes toujours dans un mauvais point de vue », Second soir
- L’image des lunettes nomme le dispositif de l’illusion : ce n’est pas un objet qui trompe, c’est notre organe même.« certaines lunettes, au travers desquelles on voit tout », Troisième soir (réplique de la Marquise)
Mais un renoncement impossible
- L’aveu que la raison arrive trop tard reconnaît que l’impression première garde toujours l’avantage du terrain.« la raison vient trop tard », Sixième soir
- Vénus reste jolie de loin même quand on sait ce qu’elle est de près : la connaissance ne supprime pas l’apparence.« ce qui rend Vénus si jolie de loin ? C’est qu’elle est fort affreuse de près », Quatrième soir
- Pour concevoir l’infiniment petit, Fontenelle doit recourir à une fiction de monde habité : la science avance en imaginant.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
Non pas renoncer, mais déplacer son regard
- Le geste de Copernic ne détruit pas l’apparence du ciel, il propose un autre point d’observation à partir duquel l’expliquer.« Saisi d’une noble fureur d’astronome, il prend la Terre et l’envoie bien loin du centre de l’univers », Premier soir
- Le portrait du genre humain vu du dehors est un exercice de déplacement imaginaire, non une abolition du regard humain.« des passions si folles, et des réflexions si sages », Second soir
- La chute sur les abeilles montre qu’une illusion levée devient un plaisir de connaissance, et non une perte.« mes Arabes ne sont que des abeilles », fin du Troisième soir
Le goût de la science est-il le goût du vrai, ou celui du changement de point de vue ?