L’erreur sur le nom de Lucrèce naît d’un renseignement mal pris, donc d’un accident ; les autres méprises naissent des inventions de Dorante. Le sujet demande de démêler la part de la machine et celle du caractère.
La comédie de Corneille repose-t-elle sur des accidents heureux, ou tous ses accidents sont-ils engendrés par le mensonge lui-même ?
Le plan en trois parties
Une part de hasard irréductible
- L’échange des noms entre Clarice et Lucrèce est une erreur d’information, non un mensonge : Dorante se trompe de bonne foi.« Si comme vous Lucrèce excellait à mentir », III, 4, v. 928
- La jalousie d’Alcippe préexiste au mensonge : le terrain était préparé, il suffisait d’une étincelle.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
- Les sentiments partagés de Lucrèce compliquent l’action indépendamment de toute fourbe.« Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles », IV, 7, v. 1330
Mais le mensonge organise la plupart des méprises
- Le faux mariage est un quiproquo fabriqué : Dorante installe volontairement une fausse situation matrimoniale.« Je me fais marié pour toute autre que vous », III, 5, v. 1020
- La grossesse inventée produit un malentendu en cascade dans la maison du père.« Elle est grosse », IV, 4, v. 1226-1227
- Le recrutement de Cliton comme dépositaire crée un circuit d’information biaisé, source technique des quiproquos.« Et de tous mes secrets le grand dépositaire », II, 6, v. 702
Hasard et mensonge forment ensemble la machine comique
- Le hasard ne devient comique que parce que Dorante doit improviser pour le rattraper, et c’est sa mémoire qui flanche.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
- Le comble est atteint quand le hasard rend vrai ce qui était faux et que la vérité passe pour un mensonge de plus.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
- L’épilogue résume cette mécanique : c’est dans sa propre fourbe, et non dans le hasard, que le menteur s’embarrasse.« Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse ! », V, 7, v. 1801
Marivaux fondera ses comédies sur des déguisements concertés : la méprise vaut-elle mieux lorsqu’elle est voulue ?