L’esprit désigne au XVIIe siècle la vivacité d’invention et la promptitude de repartie, qualités mondaines valorisées. La pièce les met en scène chez un personnage qui en fait un usage condamnable.
Corneille célèbre-t-il l’esprit à travers Dorante, ou montre-t-il qu’un esprit sans droiture se retourne contre lui-même ?
Le plan en trois parties
Un éloge appuyé des facultés du menteur
- La liste des qualités requises est un éloge en règle, et le ciel est dit ne l’accorder qu’à peu de gens.« Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins », III, 4, v. 935
- Dorante lui-même s’émerveille de son savoir-faire, et la pièce lui laisse cette satisfaction.« Oh ! l’utile secret que mentir à propos ! », II, 6, v. 691
- Le compliment de Cliton assimile ce talent à celui des auteurs à succès de son temps.« Vous seriez un grand maître à faire des romans », I, 6, v. 356
Mais un esprit que la pièce met en accusation
- Clarice requalifie l’adresse en crime : la même qualité change de nom selon celui qui la subit.« Que l’adresse d’esprit fût un crime en amour », V, 3, v. 1572
- Isabelle reproche l’absence de dessein : un esprit qui s’exerce à vide n’est plus une vertu.« C’est bien aimer la fourbe, et l’avoir bien en main », III, 3, v. 907
- Géronte oppose à l’esprit la seule chose qu’il ne peut produire, la qualité réelle.« Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais », V, 3, v. 1520
Un esprit dont la comédie fait sa propre valeur
- La mémoire, condition matérielle de l’esprit, devient un ressort comique : l’intelligence est aussi une charge.« L’esprit a secouru le défaut de mémoire », IV, 5, v. 1261
- La poétique du mensonge est une poétique de la comédie : ajuster la parole à la circonstance est l’art du dramaturge.« À mentir à propos, jurer de bonne grâce », I, 6, v. 334
- Cliton avoue que l’esprit du menteur est ce qui l’amuse : la pièce fait de l’esprit son objet de plaisir avoué.« Ce serait pour me bien divertir », III, 4, v. 927
Pascal distinguera l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie : quel esprit la comédie classique demande-t-elle à son spectateur ?