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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

Dans Le Menteur, la vérité est-elle jamais crue ?

Sujet de dissertation — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

Une comédie du mensonge suppose qu’on croie le faux ; celle-ci va plus loin en montrant que le vrai, dit par un menteur, n’est plus recevable. Le sujet porte donc sur le crédit, c’est-à-dire sur les conditions sociales de la croyance.

Problématique

La pièce montre-t-elle seulement que le mensonge réussit, ou établit-elle que la vérité, sans crédit, ne peut plus être entendue ?

Le plan en trois parties

I

La vérité, dans la bouche du menteur, ne passe plus

  1. Cliton donne la loi de la pièce : ce n’est pas l’énoncé qui décide, c’est celui qui l’énonce.« Quand un menteur la dit, / En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1079-1080
  2. La scène où Dorante avoue et n’est pas cru porte cette loi jusqu’au paradoxe comique.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
  3. La maxime sur les menteurs qui disent vrai par hasard achève de ruiner la valeur de tout énoncé venant de lui.« Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois », IV, 7, v. 1336
TransitionSi le vrai ne passe plus, c’est que le faux occupe déjà la place, et il l’occupe par des moyens repérables.
II

Inversement, le faux est cru sans examen

  1. Alcippe croit un récit invraisemblable parce que sa passion le lui rend nécessaire.« Et sans examiner, croit tout ce qu’elle craint », III, 2, v. 832
  2. Philiste croit en revanche ce qui est vrai, le courage de Dorante, tout en sachant qu’il ment : les deux jugements coexistent.« Est vaillant par nature et menteur par coutume », III, 2, v. 818
  3. La date précise emporte l’adhésion mieux qu’une preuve : on croit aux signes du vrai, non au vrai.« Ce fut, s’il m’en souvient, le second de septembre », II, 5, v. 618
TransitionCes moyens ne sont pas individuels : ils tiennent à la manière dont une société accorde ou retire son crédit.
III

Croire est une affaire de crédit, donc de société

  1. Le Paris de l’exposition est décrit comme un marché où l’on se trompe sur la marchandise : le crédit y précède la vérité.« L’effet n’y répond pas toujours à l’apparence », I, 1, v. 73
  2. Clarice applique la même défiance aux visages : rien ne se donne tel quel, tout se présente.« Les visages souvent sont de doux imposteurs », II, 2, v. 408
  3. Le dénouement ne rétablit pas la vérité mais la confiance : tout dépendra du jour où Lucrèce le croira.« Quand elle vous croira », V, 5, v. 1664
Ouverture

Le crédit, au XVIIe siècle, est à la fois financier et moral : la comédie de Corneille est-elle une comédie de la confiance ?

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