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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

Le Menteur est-il une pièce sur le pouvoir des mots ?

Sujet de dissertation — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

Dans cette comédie, aucun personnage n’agit autrement qu’en parlant : les mots font les fêtes, les duels, les mariages et les enfants. Le sujet demande de mesurer l’étendue de ce pouvoir et ses limites.

Problématique

La parole a-t-elle dans la pièce un pouvoir sans limite, ou la comédie montre-t-elle précisément où ce pouvoir s’arrête ?

Le plan en trois parties

I

Les mots font exister ce qu’ils nomment

  1. Une fête entière naît d’un récit, avec ses bateaux, ses chœurs et son service : dire suffit à donner.« J’avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster », I, 5, v. 264
  2. Un passé militaire se constitue en deux vers, et personne ne demande de preuve.« Je m’y suis fait quatre ans craindre comme un tonnerre », I, 3, v. 162
  3. Deux mots suffisent à créer une famille : l’annonce de la grossesse engage toute la maison.« Elle est grosse », IV, 4, v. 1226-1227
TransitionCe pouvoir n’est pas magique, il tient aux usages d’une société qui juge sur parole.
II

Parce que la société elle-même fonctionne aux mots

  1. Paris est décrit comme un lieu où l’on juge sur l’apparence, donc où la parole tient lieu de garantie.« L’effet n’y répond pas toujours à l’apparence », I, 1, v. 73
  2. Changer d’état s’y annonce par une formule, et le père y consent : l’identité sociale est déclarative.« À la fin j’ai quitté la robe pour l’épée », I, 1, v. 1
  3. Clarice généralise : même les visages parlent une langue flatteuse, et rien ne se donne sans mise en scène.« Les visages souvent sont de doux imposteurs », II, 2, v. 408
TransitionLa même société qui donne ce pouvoir le retire, dès qu’elle retire son crédit.
III

Mais les mots retombent sur celui qui les prononce

  1. Cliton énonce la limite du pouvoir : la parole s’use, et celui qui en abuse n’a plus de langue.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
  2. Le monologue de Géronte montre la trace que les mots laissent : une honte qu’aucun démenti n’efface.Monologue de Géronte, V, 2, v. 1489-1496
  3. La réplique du père renverse le pouvoir des mots : se dire gentilhomme, c’est prouver qu’on ne l’est pas.« Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais », V, 3, v. 1520
Ouverture

La linguistique moderne parle d’énoncés performatifs, qui font ce qu’ils disent : Le Menteur en offre-t-il la démonstration comique avant la lettre ?

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