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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

La mémoire est-elle la véritable épreuve du menteur ?

Sujet de dissertation — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

Mentir demande d’inventer, mais surtout de retenir ce que l’on a inventé, puisque rien n’en est consigné. La pièce fait de cette contrainte un ressort comique explicite.

Problématique

Ce qui perd Dorante est-il un défaut de morale, un défaut de chance ou un défaut de mémoire ?

Le plan en trois parties

I

La mémoire est la condition technique du mensonge

  1. Cliton formule la règle en une maxime que la pièce ne cessera de vérifier.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
  2. Les détails datés que Dorante ajoute augmentent la crédibilité mais alourdissent la charge à retenir.« Ce fut, s’il m’en souvient, le second de septembre », II, 5, v. 618
  3. La mémoire figure explicitement dans la liste des facultés que le menteur doit posséder.« Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins », III, 4, v. 935
TransitionLa règle énoncée par Cliton est aussitôt mise à l’épreuve par l’inflation des inventions.
II

Une mémoire qui cède sous le poids des inventions

  1. Le récit du duel oblige à mémoriser une chorégraphie compliquée que le moindre témoin peut contredire.« Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse », II, 5, v. 642
  2. La grossesse annoncée crée une échéance dans le temps, c’est-à-dire un mensonge à entretenir indéfiniment.« Elle est grosse », IV, 4, v. 1226-1227
  3. L’accumulation des attributs, comme les dix langues, rend l’édifice invérifiable pour son propre auteur.« J’ai dix langues, Cliton, à mon commandement », IV, 3, v. 1200
TransitionLà où la mémoire cède, l’esprit prend le relais, et c’est cette substitution que la comédie observe.
III

L’esprit supplée la mémoire, et c’est le vrai sujet de la pièce

  1. Dorante répond lui-même que l’esprit vient au secours du défaut de mémoire : l’improvisation remplace la cohérence.« L’esprit a secouru le défaut de mémoire », IV, 5, v. 1261
  2. Son exclamation sur l’à-propos montre qu’il mise sur l’occasion plutôt que sur la solidité de sa fable.« Oh ! l’utile secret que mentir à propos ! », II, 6, v. 691
  3. Le paradoxe final est le terme de cette course : à force d’improviser, il ne peut plus faire passer même le vrai.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
Ouverture

La rhétorique antique faisait de la mémoire l’une de ses cinq parties : le menteur de Corneille est-il un orateur qui a oublié ses tablettes ?

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