La comédie de caractère peint un type et en déduit des scènes ; la comédie d’intrigue enchaîne des péripéties et des quiproquos. Dans Le Menteur, le caractère de Dorante est précisément ce qui produit les péripéties.
L’intrigue du Menteur découle-t-elle d’un caractère, ou le caractère n’est-il qu’un prétexte à une mécanique de quiproquos ?
Le plan en trois parties
Une comédie de caractère : le portrait d’un homme qui ment
- Le premier vers pose un homme en mue, passé de la robe à l’épée : le caractère est défini par le goût du changement d’apparence.« À la fin j’ai quitté la robe pour l’épée », I, 1, v. 1
- Dorante expose sa méthode comme un moraliste décrirait une humeur : la pièce lui donne le temps de se peindre.« Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace », I, 6, v. 333
- Son exclamation de satisfaction après un mensonge réussi manifeste une disposition durable, non une réaction de circonstance.« Oh ! l’utile secret que mentir à propos ! », II, 6, v. 691
Une comédie d’intrigue : une mécanique de quiproquos
- L’enrôlement de Cliton comme confident organise la circulation de l’information, ressort technique de tous les quiproquos.« Et de tous mes secrets le grand dépositaire », II, 6, v. 702
- Le faux mariage crée un obstacle artificiel que l’action devra lever : c’est un nœud d’intrigue, pas un trait de caractère.« Je me fais marié pour toute autre que vous », III, 5, v. 1020
- La grossesse inventée relance l’action au moment où elle pourrait se dénouer, selon la loi de la péripétie.« Elle est grosse », IV, 4, v. 1226-1227
Le caractère produit l’intrigue : c’est la réussite de Corneille
- Les facultés que Dorante s’attribue sont exactement celles qu’exige la mécanique dramatique : improviser, enchaîner, ne pas se brouiller.« Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins », III, 4, v. 935
- Le dénouement ne résout pas une machine mais un caractère : il faudra que Dorante devienne croyable.« Quand elle vous croira », V, 5, v. 1664
- La mémoire défaillante est à la fois un trait du personnage et le mécanisme qui fait tomber l’édifice.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
Corneille adapte ici une comédie espagnole, La Verdad sospechosa : que gagne une intrigue à être transportée dans un Paris précisément décrit ?