Punir suppose une sanction proportionnée à la faute, alors que la comédie finit par un mariage. Le sujet oblige à peser ce que Dorante perd, ce qu’il obtient, et ce que la pièce laisse en suspens.
Le dernier acte sanctionne-t-il le mensonge, ou se contente-t-il de le convertir en condition d’un mariage incertain ?
Le plan en trois parties
Un dénouement qui inflige de vraies sanctions
- Dorante subit une humiliation publique lorsque Clarice qualifie de crime ce qu’il appelait adresse.« Que l’adresse d’esprit fût un crime en amour », V, 3, v. 1572
- Son père le dépouille de sa qualité même : la sanction n’est pas une peine, c’est un retrait d’identité.« Qui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais », V, 3, v. 1519
- Le monologue de Géronte a déjà fait entendre le prix moral de l’affaire, et cette blessure n’est jamais réparée.« Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! », V, 2, v. 1489
Mais un dénouement qui lui donne ce qu’il voulait
- Sabine lui indique le chemin au lieu de le fermer : il épousera Lucrèce, à une condition qui ressemble à une grâce.« Quand elle vous croira », V, 5, v. 1664
- Le faux mariage, inventé pour se dérober, est annulé sans dommage : la pièce efface ses propres conséquences.« Je me fais marié pour toute autre que vous », III, 5, v. 1020
- Jusqu’au bout, la vérité qu’il dit passe pour un mensonge, ce qui le dispense d’un aveu en règle.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
Un dénouement comique, c’est-à-dire une punition suspendue
- L’épilogue de Cliton ne sanctionne pas, il commente : la faute devient un exemple d’adresse offert au public.« Peu sauraient comme lui s’en tirer avec grâce », V, 7, v. 1802
- La maxime sur les menteurs qui disent vrai interdit de clore le procès : on ne sait jamais quand la parole de Dorante sera fiable.« Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois », IV, 7, v. 1336
- La formule de Sabine sur le loup tenu par les oreilles décrit exactement la situation finale de Lucrèce : ni rupture ni confiance.« Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles », IV, 7, v. 1330
Molière laissera Dom Juan au feu du ciel : faut-il une transcendance pour punir un menteur, ou la comédie s’en passe-t-elle sciemment ?