Le titre concentre l’attention sur un vice, mais la pièce mobilise aussi le comique de caractère, de situation et de mots. Le sujet demande d’inventorier ces ressorts et de voir s’ils convergent.
Le comique du Menteur tient-il tout entier au mensonge, ou celui-ci fédère-t-il des ressorts comiques hérités du genre ?
Le plan en trois parties
Un comique directement produit par le mensonge
- Le récit du faux duel est un morceau comique par son excès de précision technique.« Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse », II, 5, v. 642
- La question rituelle du valet crée un comique de répétition propre à la pièce.« De grâce, dites-moi si vous allez mentir », III, 5, v. 1004
- Le comique de mots naît du double lexique que Cliton impose au mensonge.« J’appelle rêveries / Ce qu’en d’autres qu’un maître on nomme menteries », I, 6, v. 313-314
Mais des ressorts comiques traditionnels
- Le valet exaspéré qui doit se taire est un type ancien, antérieur au sujet du mensonge.« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5, v. 260
- Le jaloux aveuglé appartient au répertoire de la comédie d’intrigue depuis l’Antiquité.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
- Le vieillard trompé par son fils est un schéma hérité de la comédie latine, que Corneille rehausse.« Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! », V, 2, v. 1489
Le mensonge fédère et renouvelle ces ressorts
- Le désir de voir Lucrèce mentir montre que le mensonge devient le principe de tous les plaisirs de la pièce.« Si comme vous Lucrèce excellait à mentir », III, 4, v. 928
- La contrainte de mémoire transforme le comique de répétition en comique de mécanique.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
- L’alliance du maître et du valet est redéfinie par le mensonge, qui fait du second un dépositaire et un complice forcé.« Tu seras de mon cœur l’unique secrétaire », II, 6, v. 701
Bergson verra dans le comique une mécanique plaquée sur du vivant : le mensonge de Dorante est-il cette mécanique ?