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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

Le mensonge est-il, dans Le Menteur, un art ou un vice ?

Sujet de dissertation — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

L’art suppose des règles, un apprentissage et une réussite esthétique ; le vice suppose une disposition durable et blâmable. Dorante relève des deux définitions à la fois, ce qui oblige à examiner si la pièce les concilie ou les fait s’exclure.

Problématique

Corneille fait-il du mensonge une technique admirable, une disposition coupable, ou une technique que seule sa fin rend coupable ?

Le plan en trois parties

I

Le mensonge est présenté comme un art avec ses règles

  1. Dorante expose une méthode complète, avec sa part de jeu corporel et sa part de discours : le mensonge s’enseigne.« Tout le secret ne gît qu’en un peu de grimace, / À mentir à propos », I, 6, v. 333-334
  2. Les qualités requises sont celles de l’orateur et du poète : rapidité, invention, mémoire, application.« Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins », III, 4, v. 935
  3. L’hyperbole des dix langues montre que l’art vise moins la vraisemblance que l’éblouissement.« J’ai dix langues, Cliton, à mon commandement », IV, 3, v. 1200
TransitionUne technique sans objet cesse d’être un art pour devenir une habitude, c’est-à-dire un vice.
II

Mais la pièce le nomme aussi comme un vice

  1. Isabelle désigne la gratuité du mensonge, et c’est cette gratuité qui le fait basculer du côté du vice.« Que de prendre plaisir à fourber sans dessein », III, 3, v. 908
  2. Cliton énonce le prix payé : le menteur détruit l’instrument même dont il vit, la crédibilité de sa parole.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
  3. Géronte fait du mensonge une atteinte à l’être et non un simple écart de conduite : le menteur perd son nom.« Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais », V, 3, v. 1520
TransitionReste à savoir si la pièce condamne la faculté ou son emploi, et c’est Dorante lui-même qui pose la question.
III

Un art que seule sa fin rend condamnable

  1. Dorante revendique l’adresse comme un mérite et s’étonne qu’on en fasse un crime : la pièce laisse vivre cette défense.« Que l’adresse d’esprit fût un crime en amour », V, 3, v. 1572
  2. Philiste distingue nature et coutume : le courage de Dorante est réel, seule l’habitude est fautive, ce qui sauve l’homme sans absoudre le menteur.« Est vaillant par nature et menteur par coutume », III, 2, v. 818
  3. L’exclamation sur l'« utile secret » place la question sur le terrain de l’usage : le mensonge vaut ce que vaut son occasion.« Oh ! l’utile secret que mentir à propos ! », II, 6, v. 691
Ouverture

La rhétorique classique se demandait déjà si l’art de persuader pouvait être séparé de la moralité de l’orateur : Le Menteur tranche-t-il ?

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