Dorante ment d’abord pour séduire, ce qui ferait du mensonge un moyen galant. Mais ses inventions l’éloignent de celle qu’il aime et produisent l’obstacle qu’elles devaient lever.
Le mensonge sert-il l’amour dans la pièce, ou l’amour n’est-il qu’un prétexte à mentir ?
Le plan en trois parties
Un mensonge d’abord galant
- Le festin sur l’eau est une offrande amoureuse : Dorante donne en récit la fête qu’il ne peut donner en fait.« J’avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster », I, 5, v. 264
- Le faux mariage est présenté comme une déclaration déguisée : il se dit pris pour signifier qu’il ne l’est que d’une seule.« Je me fais marié pour toute autre que vous », III, 5, v. 1020
- Dorante défendra jusqu’au bout l’idée que l’esprit est un hommage rendu à celle qu’on aime.« Que l’adresse d’esprit fût un crime en amour », V, 3, v. 1572
Mais un mensonge qui détruit ce qu’il voulait obtenir
- La condition posée par Sabine mesure le dommage : l’amour exige une créance que Dorante a dilapidée.« Quand elle vous croira », V, 5, v. 1664
- Lucrèce est décrite comme prise entre attrait et défiance : le mensonge a installé une contradiction au cœur du sentiment.« Elle l’aime, et son cœur n’y saurait consentir », IV, 7, v. 1331
- La sentence de Cliton explique pourquoi les serments de Dorante ne valent plus rien, même sincères.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
L’amour comme prétexte : le vrai objet est le plaisir de mentir
- Le rituel comique avec Cliton montre que le mensonge a sa logique propre, indépendante de sa cible.« De grâce, dites-moi si vous allez mentir », III, 5, v. 1004
- Dorante a besoin d’un confident plus que d’une maîtresse : il organise un public avant d’organiser une conquête.« Tu seras de mon cœur l’unique secrétaire », II, 6, v. 701
- Le comble final, mentir en disant vrai, prouve que le mensonge est devenu une manière d’être, non un moyen.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
La galanterie du XVIIe siècle repose sur un langage conventionnel : où s’arrête la feinte permise, où commence le mensonge ?