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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

La parole de Dorante crée-t-elle un monde, ou seulement des ennuis ?

Sujet de dissertation — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

Créer un monde suppose une fiction cohérente qui tienne ; créer des ennuis suppose des conséquences subies. Les mensonges de Dorante font les deux, et le sujet demande de dire lequel des deux effets emporte l’autre.

Problématique

La parole du menteur a-t-elle la puissance d’une création, ou n’est-elle qu’une cause de désordre que la pièce doit réparer ?

Le plan en trois parties

I

Une parole qui bâtit un monde complet

  1. Le festin sur l’eau est un décor entier, avec musiciens, service et lumières : Dorante ne prétend pas, il installe.« Les quatre contenaient quatre chœurs de musique », I, 5, v. 265
  2. Le détail daté donne à ce monde une épaisseur d’archive : la fiction se dote de repères qu’on pourrait vérifier.« Ce fut, s’il m’en souvient, le second de septembre », II, 5, v. 618
  3. Cliton reconnaît la puissance proprement littéraire de cette construction en la comparant au roman.« Vous seriez un grand maître à faire des romans », I, 6, v. 356
TransitionUn monde n’est un monde que s’il est habité, et ceux qui y entrent y souffrent.
II

Une parole qui produit surtout du désordre

  1. Le monde inventé entre en collision avec le monde réel dès qu’Alcippe s’y reconnaît trompé.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
  2. La fausse grossesse engage la maison de Géronte dans des démarches réelles : la fiction crée des obligations qu’elle ne peut pas honorer.« Elle est grosse », IV, 4, v. 1226-1227
  3. Le monologue du père mesure le dégât : ce que la parole a bâti, c’est une honte.« Ô de mes cheveux gris honte trop évidente ! », V, 2, v. 1491
TransitionLes ennuis ne viennent pas d’un défaut de talent, mais de la matière même dont ce monde est fait, la parole sans preuve.
III

Un monde fragile, suspendu aux facultés de son auteur

  1. La mémoire est la faille structurelle de ce monde : ce qui a été dit doit être retenu, et rien n’est écrit.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
  2. Dorante énumère lui-même les facultés que sa création exige, et cette liste est un aveu de fragilité.« Il y faut promptitude, esprit, mémoire, soins », III, 4, v. 935
  3. Le monde finit par se retourner contre lui : sa parole vraie y entre comme une fausseté de plus.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
Ouverture

Le théâtre lui-même ne vit-il pas de cette création par la parole seule, à cette différence près qu’il en avertit son public ?

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