Cliton n’invente rien et ne fait pas avancer l’intrigue par ses actes : sa fonction est d’entendre, de réagir et de commenter. Le sujet demande de montrer que cette fonction n’est pas accessoire mais constitutive du comique.
Le valet est-il un simple faire-valoir du menteur, ou la condition sans laquelle le mensonge ne serait pas comique ?
Le plan en trois parties
Cliton est le témoin qui rend le mensonge visible
- Son exaspération fait entendre l’écart entre ce qui se dit et ce qui est : sans lui, le spectateur ne saurait pas qu’il assiste à un mensonge.« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5, v. 260
- Il nomme les choses en deux langues, celle du maître et celle du valet, et ce doublage est le mécanisme comique de la pièce.« J’appelle rêveries / Ce qu’en d’autres qu’un maître on nomme menteries », I, 6, v. 313-314
- Sa demande rituelle avant chaque scène installe une attente : la comédie annonce ses numéros et le public en jouit d’avance.« De grâce, dites-moi si vous allez mentir », III, 5, v. 1004
Il est le juge qui formule la loi du mensonge
- C’est lui qui énonce la sentence centrale de la pièce sur le crédit perdu de la vérité : le valet pense ce que le maître pratique.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
- Il rappelle la contrainte technique du mensonge, la mémoire, et transforme l’exploit en travail.« Il faut bonne mémoire après qu’on a menti », IV, 5, v. 1260
- Sa maxime sur les menteurs qui disent vrai par accident donne à la pièce sa logique paradoxale.« Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois », IV, 7, v. 1336
Il est le relais du spectateur et le maître de cérémonie
- Son souhait que Lucrèce mente aussi bien que son maître désigne le spectacle que le public attend et avoue le plaisir qu’il y prend.« Si comme vous Lucrèce excellait à mentir », III, 4, v. 928
- Sa stupeur finale, lorsque le vrai passe encore pour faux, est exactement la position où la pièce a mis le spectateur.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
- Il reste seul en scène pour fermer la pièce et s’adresser au parterre : le valet a le dernier mot parce qu’il a eu le regard.Épilogue de Cliton resté seul, V, 7, v. 1801-1804
De Sganarelle à Figaro, le valet lucide devient le centre de la comédie : Corneille invente-t-il ici ce déplacement ?