Le classicisme assigne à la comédie la fonction de corriger les mœurs par le rire, formule que la pièce cite implicitement dans son épilogue. Reste à vérifier que la correction est effective, dans la pièce comme sur le public.
Le Menteur corrige-t-il vraiment le vice qu’il expose, ou se contente-t-il de le rendre visible et plaisant ?
Le plan en trois parties
La pièce dit la faute et la fait juger
- La scène de confrontation prononce une condamnation sans appel, adossée à l’autorité paternelle.« Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais », V, 3, v. 1520
- Le monologue de Géronte montre le dommage du côté de la victime, seule preuve efficace en morale.« Ô de mes cheveux gris honte trop évidente ! », V, 2, v. 1491
- Isabelle nomme la gratuité du mensonge, qui est précisément ce qu’une correction morale doit viser.« Que de prendre plaisir à fourber sans dessein », III, 3, v. 908
Mais aucun personnage ne se corrige
- Dorante n’avoue pas, il négocie : le dénouement pose une condition, non une conversion.« Quand elle vous croira », V, 5, v. 1664
- Sa dernière vérité est prise pour un mensonge, ce qui le dispense de toute réforme intérieure.« Quoi ? même en disant vrai, vous mentiez en effet ! », V, 4, v. 1628
- L’épilogue admire l’habileté du menteur autant qu’il la dénonce, ce qui brouille la leçon.« Peu sauraient comme lui s’en tirer avec grâce », V, 7, v. 1802
La correction, s’il y en a une, s’opère chez le spectateur
- Cliton apprend au public à écouter en soupçonnant : la pièce forme une oreille plutôt qu’elle ne réforme un caractère.« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5, v. 260
- La maxime sur le crédit perdu est une règle pratique que le spectateur emporte avec lui.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
- La leçon est nuancée jusqu’au bout : même les grands menteurs disent parfois vrai, ce qui oblige à juger cas par cas.« Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois », IV, 7, v. 1336
Molière devra défendre Le Tartuffe en invoquant cette même fonction corrective : le rire suffit-il à réformer, ou ne fait-il qu’avertir ?