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1ʳᵉ · Français · Le Menteur, Corneille

Dans le scène 4 de l’acte III, Cliton dit à Dorante : « Mais, Monsieur, ce serait pour me bien divertir, Si comme vous Lucrèce excellait à mentir. » Les mensonges, dans Le Menteur, ne sont-ils qu’une source de divertissement ?

Sujet de dissertation · Bac 2025 · Polynésie française (remplacement) — Le Menteur, Corneille, 1ère

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Analyse des termes

La réplique de Cliton fait du mensonge un spectacle dont il se promet du plaisir, et le « ne… que » du sujet invite à chercher ce que ce plaisir masque. Divertir, c’est amuser, mais c’est aussi détourner : les mensonges de Dorante détournent en effet les personnages de leur vérité.

Problématique

Le mensonge est-il dans la pièce un pur objet de plaisir, ou le plaisir qu’il procure est-il le masque d’un désordre et d’une leçon ?

Le plan en trois parties

I

Le mensonge est bien donné comme un divertissement

  1. Cliton réclame du mensonge comme on réclame un spectacle : il en attend une jouissance, et son vœu fait du menteur un artiste de scène.« Si comme vous Lucrèce excellait à mentir », III, 4, v. 928
  2. La question rituelle du valet installe un rite comique : le spectateur sait qu’un numéro va commencer et s’y prépare.« De grâce, dites-moi si vous allez mentir », III, 5, v. 1004
  3. L’exaspération de Cliton est elle-même un plaisir : elle donne au public un corps qui réagit à sa place et redouble le rire.« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5, v. 260
TransitionLe plaisir promis à Cliton se paie ailleurs, chez ceux qui croient sans rire.
II

Mais le divertissement produit des dégâts réels

  1. Le faux duel invente une blessure d’honneur : Alcippe croit à une trahison et s’engage dans une querelle qui aurait pu être mortelle.« Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse », II, 5, v. 642
  2. La jalousie d’Alcippe montre que le mensonge s’installe dans un esprit déjà prêt à le croire : le divertissement travaille sur des passions vraies.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
  3. Le monologue de Géronte fait entendre une douleur que nulle plaisanterie ne rattrape : l’honneur d’un vieillard est un dommage qui ne se répare pas.« Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! », V, 2, v. 1489
TransitionParce qu’il fait des dégâts visibles, le divertissement devient démonstration.
III

Un divertissement qui instruit le spectateur

  1. La sentence de Cliton sur le crédit de la vérité donne la leçon sans prêche : le menteur se punit en se privant d’être cru.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
  2. L’épilogue convertit explicitement le plaisir en enseignement, et adresse au parterre ce que la pièce vient de montrer.« Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse ! », V, 7, v. 1801
  3. Le jugement d’Isabelle nomme ce qui inquiète dans ce plaisir : mentir sans dessein, c’est aimer la fourbe pour elle-même.« Que de prendre plaisir à fourber sans dessein », III, 3, v. 908
Ouverture

Le divertissement au XVIIe siècle est aussi ce qui détourne l’homme de lui-même : la comédie de Corneille pense-t-elle déjà ce que Pascal en dira ?

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