La réplique de Cliton fait du mensonge un spectacle dont il se promet du plaisir, et le « ne… que » du sujet invite à chercher ce que ce plaisir masque. Divertir, c’est amuser, mais c’est aussi détourner : les mensonges de Dorante détournent en effet les personnages de leur vérité.
Le mensonge est-il dans la pièce un pur objet de plaisir, ou le plaisir qu’il procure est-il le masque d’un désordre et d’une leçon ?
Le plan en trois parties
Le mensonge est bien donné comme un divertissement
- Cliton réclame du mensonge comme on réclame un spectacle : il en attend une jouissance, et son vœu fait du menteur un artiste de scène.« Si comme vous Lucrèce excellait à mentir », III, 4, v. 928
- La question rituelle du valet installe un rite comique : le spectateur sait qu’un numéro va commencer et s’y prépare.« De grâce, dites-moi si vous allez mentir », III, 5, v. 1004
- L’exaspération de Cliton est elle-même un plaisir : elle donne au public un corps qui réagit à sa place et redouble le rire.« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5, v. 260
Mais le divertissement produit des dégâts réels
- Le faux duel invente une blessure d’honneur : Alcippe croit à une trahison et s’engage dans une querelle qui aurait pu être mortelle.« Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse », II, 5, v. 642
- La jalousie d’Alcippe montre que le mensonge s’installe dans un esprit déjà prêt à le croire : le divertissement travaille sur des passions vraies.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
- Le monologue de Géronte fait entendre une douleur que nulle plaisanterie ne rattrape : l’honneur d’un vieillard est un dommage qui ne se répare pas.« Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! », V, 2, v. 1489
Un divertissement qui instruit le spectateur
- La sentence de Cliton sur le crédit de la vérité donne la leçon sans prêche : le menteur se punit en se privant d’être cru.« En passant par sa bouche, elle perd son crédit », III, 6, v. 1080
- L’épilogue convertit explicitement le plaisir en enseignement, et adresse au parterre ce que la pièce vient de montrer.« Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse ! », V, 7, v. 1801
- Le jugement d’Isabelle nomme ce qui inquiète dans ce plaisir : mentir sans dessein, c’est aimer la fourbe pour elle-même.« Que de prendre plaisir à fourber sans dessein », III, 3, v. 908
Le divertissement au XVIIe siècle est aussi ce qui détourne l’homme de lui-même : la comédie de Corneille pense-t-elle déjà ce que Pascal en dira ?