Un jeu suppose des règles, des partenaires et un enjeu limité ; un jeu social suppose de plus qu’il donne un rang. Dorante joue, mais ses partenaires ignorent qu’ils jouent, ce qui rompt la définition.
Le mensonge est-il dans la pièce une pratique mondaine réglée, ou la rupture du pacte qui rendrait le jeu possible ?
Le plan en trois parties
Un jeu de société parisien
- La ville est présentée comme un espace de mélange où chacun se donne pour ce qu’il veut paraître.« Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés », I, 1, v. 72
- Le changement d’habit inaugure la partie : Dorante entre dans le jeu en changeant de rôle.« À la fin j’ai quitté la robe pour l’épée », I, 1, v. 1
- La fanfaronnade militaire est un coup convenu du répertoire mondain, que le public du temps reconnaissait.« Je m’y suis fait quatre ans craindre comme un tonnerre », I, 3, v. 162
Mais un jeu dont les enjeux ne sont pas de jeu
- Alcippe risque sa vie dans un duel fondé sur une fiction : la partie engage des corps réels.« La jalousie aveugle un cœur atteint », III, 2, v. 831
- Géronte y perd l’honneur d’une vieillesse, mise que rien dans le jeu ne permettait de couvrir.« Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente ! », V, 2, v. 1489
- Philiste rappelle qu’il y a sous le jeu une réalité, le courage, que le mensonge ne crée ni ne détruit.« Est vaillant par nature et menteur par coutume », III, 2, v. 818
Un jeu dont Dorante seul connaît la règle
- Sa poétique du mensonge est une règle du jeu qu’il ne partage qu’avec son valet.« À mentir à propos, jurer de bonne grâce », I, 6, v. 334
- Son exclamation de triomphe est celle d’un joueur qui compte ses points seul.« Oh ! l’utile secret que mentir à propos ! », II, 6, v. 691
- Clarice, qui se méfie du paraître, est la seule à jouer la même partie que lui, mais en défense.« Les visages souvent sont de doux imposteurs », II, 2, v. 408
Les moralistes du siècle décriront la société comme un commerce d’apparences : le mensonge y est-il une infraction ou un usage ?