La demande globale est l'ensemble des dépenses adressées aux producteurs (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations nettes) ; la soutenir, c'est mener des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes. Le mot « nécessairement » est la clé : ces politiques sont-elles indispensables, et suffisent-elles, face à toutes les formes de chômage ?
Le soutien de la demande globale est-il la condition indispensable de la baisse du chômage, ou n'est-il efficace que contre une partie de ses causes ?
Le plan en trois parties
Face au chômage keynésien, soutenir la demande globale est indispensable
- Le niveau de l'emploi dépend de la demande effective ; baisser les salaires réduirait la consommation et aggraverait le chômage.Keynes (1936) ; en 2009, recul du PIB de l'ordre de 3 % et hausse du chômage de 1,7 point en un an (Insee).
- La politique budgétaire et la politique monétaire relancent l'activité et l'emploi.Activité partielle pour plus de 8 millions de salariés au printemps 2020 ; plan France Relance de 100 milliards d'euros (septembre 2020).
- Agir vite évite l'hystérèse : un chômage conjoncturel qui dure devient structurel.Blanchard et Summers (1986) ; après la crise des dettes souveraines, chômage français au-dessus de 10 % en 2013-2015 (Insee).
Mais le soutien de la demande est impuissant, voire contre-productif, face aux autres formes de chômage
- Dans une économie ouverte, la relance profite aux importations : c'est la contrainte extérieure.Relance de 1981-1982, puis tournant de la rigueur de mars 1983.
- Contre le chômage classique, la relance ne réduit pas l'écart entre coût du travail et productivité.Malinvaud (1977) ; SMIC de l'ordre de 60 % du salaire médian au début des années 2020 (OCDE).
- Contre le chômage structurel, une demande supplémentaire crée des tensions et de l'inflation plutôt que des emplois.En 2023, 61 % de projets de recrutement jugés difficiles (enquête BMO) avec un chômage de 7,3 % ; inflation supérieure à 5 % en France en 2022 (Insee).
La lutte contre le chômage passe par une combinaison de politiques
- Les politiques d'allègement du coût du travail ciblent l'emploi peu qualifié.CICE (2013) puis baisse pérenne de cotisations (2019) : de l'ordre de 100 000 emplois selon France Stratégie (2020).
- Les politiques de formation et de flexisécurité réduisent le chômage structurel.Environ 850 000 nouveaux contrats d'apprentissage en 2023 (Dares) ; modèle danois de flexicurité.
- Le soutien de la demande reste un complément : il accompagne les réformes structurelles et amortit les chocs.Allemagne : lois Hartz (2003-2005), chômage partiel massif (Kurzarbeit) en 2009, chômage d'environ 3 % en 2023 (Eurostat).
Dans la zone euro, où la politique monétaire est commune et les politiques budgétaires encadrées, la coordination des politiques conjoncturelles entre pays membres prolonge directement ce débat.